À Dakar, le bras de fer autour de la loi de finances rectificative menace de s’intensifier. À la veille de son examen en séance plénière, prévu mardi 27 octobre 2026, le texte divise toujours le gouvernement et le Pastef, qui dispose de la majorité à l’Assemblée nationale. Malgré un nouvel appel au dialogue du Premier ministre Al Aminou Lô, aucun compromis ne semble encore acquis.
L’enjeu dépasse désormais le simple vote d’un texte budgétaire. Dans un contexte économique difficile, le rejet de la loi pourrait compliquer le financement de plusieurs engagements de l’État, notamment le règlement des arriérés de paiement. Déjà recalé en commission le vendredi 23 octobre, le projet risque de connaître le même sort en plénière si les positions ne changent pas.
Al Aminou Lô joue la carte du dialogue
Face au risque d’un nouvel échec, le Premier ministre a choisi de défendre publiquement son projet et de tendre la main à son prédécesseur, Ousmane Sonko. Lors d’une conférence de presse tenue dimanche, il a invité les députés du Pastef à privilégier des amendements écrits plutôt qu’un rejet global du texte.
« Ne punissez pas le peuple », a-t-il lancé, appelant les parlementaires à mesurer les conséquences de leur décision sur les populations.
Pour justifier la nécessité de cette loi, le chef du gouvernement évoque les difficultés financières auxquelles le Sénégal doit faire face, notamment les conséquences du choc pétrolier, qui imposerait de mobiliser 500 milliards de francs CFA, soit environ 762 millions d’euros.
Il met également en avant les mesures sociales prévues, dont le doublement des bourses sociales, qui passeraient de 35 à 70 milliards de francs CFA. Pour le Premier ministre, l’adoption du texte est donc indispensable pour permettre à l’État d’honorer ses engagements.
Le Pastef face à ses responsabilités parlementaires
Avec 130 députés sur les 165 que compte l’Assemblée nationale, le Pastef dispose d’un poids déterminant dans l’issue du scrutin. Si ses élus maintiennent leur opposition, le projet de loi pourrait être rejeté, plongeant l’exécutif dans une situation politique délicate.
Le parti, de son côté, affirme avoir formulé des réserves sur l’articulation du projet de loi et assure rester dans une logique de dialogue. Cette position laisse entrevoir une possibilité de compromis, à condition que les deux camps parviennent à dépasser leurs divergences avant la séance plénière.
Al Aminou Lô a d’ailleurs proposé de recevoir Ousmane Sonko lundi afin de rechercher une issue négociée. L’objectif affiché est de parvenir à un accord avant le vote des députés.
La menace d’un recours aux mécanismes constitutionnels
Au-delà des négociations politiques, le gouvernement laisse planer la possibilité de recourir aux instruments institutionnels disponibles si le blocage persiste.
Parmi les options évoquées figure l’engagement de la responsabilité du gouvernement sur le fondement de l’article 86, alinéa 6, de la Constitution, une procédure susceptible de permettre l’adoption du texte sans vote, mais qui exposerait l’exécutif à une motion de censure.
Une telle issue pourrait ouvrir une nouvelle séquence de confrontation politique, le Pastef disposant a priori des moyens parlementaires pour tenter de renverser le gouvernement.
L’hypothèse d’un décret d’avance, permettant l’ouverture de crédits dans certaines conditions d’urgence, a également été évoquée, mais le Premier ministre ne semble pas privilégier cette voie à ce stade.
Une semaine décisive pour le gouvernement
Entre impératifs budgétaires, exigences sociales et rivalités politiques, les prochaines heures seront déterminantes pour l’exécutif sénégalais. Le gouvernement espère trouver un terrain d’entente avec le Pastef avant la plénière, alors que Dakar s’apprête à accueillir les Jeux olympiques de la jeunesse.
La rencontre proposée à Ousmane Sonko pourrait ainsi constituer une dernière tentative pour éviter une confrontation institutionnelle majeure. Si le dialogue échoue, le vote de mardi pourrait transformer un désaccord budgétaire en une véritable épreuve de force entre le gouvernement et la majorité parlementaire.
Arnaud KOUMONDJI









