
Critique des juntes de l’AES et défiance envers la Russie : Les audios compromettants de Kémi Séba ont été authentifiés… (les détails)

Critique des juntes de l’AES et défiance envers la Russie : Les audios compromettants de Kémi Séba ont été authentifiés… (les détails)
Depuis son arrestation en Afrique du Sud le 13 avril 2026, plusieurs enregistrements d’une conversation téléphonique impliquant Kemi Seba circulent massivement sur les réseaux sociaux. Authentifiés par des experts en biométrie vocale sollicités par France 24, ces audios révèlent des propos d’une rare franchise : le militant panafricaniste, connu pour son soutien affiché aux juntes sahéliennes et à la Russie, tient un discours bien différent dans l’intimité d’un appel téléphonique.
Des enregistrements authentiques et datés
D’une durée totale d’un peu moins de dix minutes, les extraits ont été relayés sur X et TikTok, cumulant plusieurs centaines de milliers de vues. Leur authenticité ne fait plus guère de doute. La rédaction des Observateurs de France 24 a fait confirmer auprès de l’entreprise spécialisée Whispeak qu’« aucun des différents sonores diffusés en ligne n’a été modifié ou généré par IA ».
La conversation a eu lieu en octobre 2025, comme l’attestent plusieurs indices factuels, notamment la mention d’une célébration au Burkina Faso de l’anniversaire de Vladimir Poutine, né le 7 octobre. L’interlocuteur de Kemi Seba, le chanteur et activiste togolais Zaga Bambo, a lui-même confirmé l’échange sur sa page Facebook le 19 avril 2026, tout en niant en être à l’origine.
« Les Russes, ce sont des fils de p… » : la défiance crue de Kemi Seba
Dans ces audios, le président de l’ONG Urgences panafricanistes tient des propos en décalage total avec son image publique. Sur la Russie, alliée historique de son discours, il se montre sans concession :
« Pour moi, les Russes, ce sont des fils de p… ! Ce sont des opportunistes. […] Quand je vois des gens qui ont fêté l’anniversaire de Poutine au Burkina Faso, j’ai envie de pleurer. Ce ne sont pas nos messies, ils n’aiment pas les Noirs. »
Il ajoute plus tard : « Les Russes, je m’en bats les cou**, ce ne sont pas des amis. » Une déclaration qui contraste violemment avec des années de soutien affiché à Moscou, y compris après la révélation en 2023 par un consortium de journalistes du financement de son ONG par le groupe Wagner à hauteur de 440 000 dollars entre 2018 et 2019.
Une instrumentalisation du panafricanisme par les juntes de l’AES
Kemi Seba ne s’arrête pas là. Il critique également avec une rare acuité les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Niger, Burkina Faso, Mali – qu’il a pourtant soutenus sans réserve. « On a fait une révolution et des militaires se sont accaparés de cette révolution. Ils ont sécurisé leur poste de président avant tout. »
Il dénonce un entourage de « vauriens », une absence de « vraie idéologie » et une transformation du projet souverainiste en « syndicat de faillite ». Il affirme ne pas être à l’aise avec le fait qu’« être panafricain, c’est faire l’atalaku [l’éloge] de l’AES ».
Ces déclarations sont d’autant plus explosives que Kemi Seba était, depuis août 2024, conseiller spécial du chef de la junte nigérienne Abdourahamane Tiani et titulaire d’un passeport diplomatique nigérien.
Un système de financement dévoilé
Les audios éclairent également les pratiques financières de son organisation. Kemi Seba y explique monnayer ses contacts privilégiés avec la Russie, l’Iran ou le Hezbollah : « Chaque personne qui veut des contacts avec les Russes, les Iraniens, le Hezbollah : vous financez l’organisation et moi je vous donne les contacts. »
Le collectif d’enquête All Eyes on Wagner souligne auprès de France 24 que « les détails sur le montage financier confirment les hypothèses que nous avions quant au rôle clé d’Urgences panafricanistes comme un véhicule pour réceptionner des fonds ».
Faux communiqué et opération de désinformation
La diffusion des audios a été accompagnée d’une tentative de désinformation. Un faux communiqué attribué au Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger a circulé, affirmant que Kemi Seba avait été démis de ses fonctions et privé de son passeport diplomatique.
Ce document, relayé notamment par les comptes Scoop Africa et La Dépêche Africaine, a été formellement démenti. France 24 rappelle que ces comptes ont déjà été identifiés comme appartenant à un réseau de désinformation visant les juntes de l’AES.
Kemi Seba toujours détenu en Afrique du Sud
Sur le plan judiciaire, Kemi Seba reste en détention provisoire en Afrique du Sud. Arrêté le 13 avril à Pretoria avec son fils et un suprémaciste blanc sud-africain, il est accusé de facilitation d’entrée illégale au Zimbabwe. Son visa sud-africain avait expiré.
Le Bénin, son pays d’origine, a émis un mandat d’arrêt international à son encontre pour « apologie du terrorisme » et « atteinte à la sûreté de l’État » après son soutien verbal à la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025. Une demande d’extradition est en cours.
Une chute aussi politique que judiciaire
Au-delà des poursuites, ces audios constituent un séisme pour l’image de Kemi Seba. Comme le résume Libération dans son analyse du 21 avril 2026 : « Une fable s’effondre : celle de la libération désintéressée du continent africain avec le soutien de Moscou. »
Entre critiques acerbes contre ses anciens alliés russes, règlements de comptes avec les juntes sahéliennes et révélations sur ses méthodes de financement, Kemi Seba apparaît désormais comme un homme pris dans ses propres contradictions. Reste à savoir si cette affaire précipitera son extradition vers le Bénin, où une lourde peine de prison l’attend.
WM


