En créant l’Observatoire national du progrès social, le gouvernement fait de l’évaluation un instrument de pilotage de sa politique sociale. Données centralisées, ciblage des aides, alertes au chef de l’État : la portée de l’outil dépendra de son indépendance, de ses moyens et de l’usage qui sera fait de ses conclusions.
Il est rare qu’un gouvernement crée un organe chargé de pointer les insuffisances de sa propre action. C’est pourtant l’une des fonctions assignées à l’Observatoire national du progrès social (ONPS), dont le Conseil des ministres a décidé la création et que le porte-parole du gouvernement a présenté. Le texte évoque un dispositif d’analyse des données et de « revue critique ». L’expression mérite d’être prise au sérieux, car elle définit la nature de l’outil.
Ce que l’Observatoire change
Le constat de départ porte moins sur l’absence de politiques sociales que sur la difficulté à en mesurer les effets. Le gouvernement affiche l’ambition de réduire l’extrême pauvreté et d’améliorer les conditions de vie, y compris en matière de santé sexuelle et reproductive. Il estime que cette ambition requiert une lecture d’ensemble de la situation sociale du pays, capable d’éclairer la décision.
La réponse retenue est la centralisation. L’ONPS rassemblera et analysera les données sociales, suivra les indicateurs d’impact des politiques d’action sociale et produira chaque année un rapport sur la situation sociale du Bénin. Il reprendra également le suivi des interventions de protection sociale en faveur de la famille, de la femme et de l’enfant, jusqu’ici confié à l’Observatoire de la famille et de l’action sociale.
L’innovation tient surtout à la boucle qu’il est censé fermer. Il ne s’agit pas seulement d’observer, mais de proposer des mesures correctrices et d’en suivre l’application. L’évaluation devient ainsi, en principe, un levier de réorientation des politiques publiques, et non un simple exercice de bilan.
Le ciblage, enjeu discret mais décisif
Il convient ici de distinguer les registres. Relèvent des faits établis la création de l’Observatoire, son rattachement à la Présidence, l’approbation de ses statuts, la liste de ses missions et le transfert du suivi jusqu’ici exercé par l’Observatoire de la famille et de l’action sociale. Relèvent de l’intention gouvernementale le suivi « holistique efficace » et la contribution à l’inclusion sociale. Les résultats attendus, eux, restent à venir : un meilleur ciblage, des corrections apportées aux programmes et un premier rapport annuel.
Parmi les missions énumérées, l’une a des conséquences directes : la contribution à l’amélioration du ciblage des bénéficiaires des interventions de protection sociale. Toute politique d’aide repose sur une question préalable, celle de savoir qui doit en bénéficier. Un ciblage imprécis laisse de côté des ménages qui en ont besoin ou en fait profiter d’autres qui n’en relèvent pas.
Le choix des domaines suivis est lui aussi significatif. En retenant les droits et la santé sexuels et reproductifs des femmes et des filles, le gouvernement ne se limite pas à une approche sanitaire : il adopte un vocabulaire de droits. Rapprochée de la mission d’analyse prospective sur les tendances démographiques, cette orientation suggère que la santé reproductive est pensée comme un déterminant de l’évolution sociale du pays, et pas seulement comme une question médicale.
Le verbe employé mérite attention. L’Observatoire « contribuera » au ciblage, comme il « contribuera » aux analyses prospectives. Il n’en devient pas le seul responsable. Le partage des rôles avec les ministères et structures qui conduisent ces programmes reste à préciser.
Indépendance et publicité, les deux inconnues
Le rattachement à la Présidence de la République place l’Observatoire au plus près de la décision. Il pourra alerter directement le chef de l’État sur les situations préoccupantes. Cette position lui donne un poids que n’aurait pas une structure noyée dans l’organigramme d’un ministère.
Elle soulève aussi une question. Un organe de revue critique placé sous la tutelle de l’exécutif dont il évalue l’action devra disposer de garanties pour exercer pleinement cette fonction. Les statuts, approuvés mais non détaillés lors de l’émission, devraient en fixer les termes. Les avis sur les projets de politiques sociales ne seront émis qu’à la demande du chef de l’État, ce qui en fait un instrument de conseil au service de la décision présidentielle plutôt qu’un contre-pouvoir.
L’autre inconnue concerne la diffusion. Rien n’indique, à ce stade, si le rapport annuel sera rendu public. La réponse comptera. Publié, il deviendrait une référence pour le débat national sur la pauvreté et la protection sociale. Réservé à l’usage interne, il resterait un outil de pilotage.
Le gouvernement a fixé les missions et approuvé les statuts. Il a demandé une opérationnalisation diligente. La valeur de l’Observatoire se mesurera à la qualité de ses données et à la suite donnée à ses recommandations.
WM









