Fini les réveils nocturnes pour aller chercher de l’eau. Fini les kilomètres parcourus sous un soleil de plomb, les bassines vides rapportées à la maison et les dépenses quotidiennes pour s’offrir quelques litres du précieux liquide. En l’espace de quelques jours, le gouvernement béninois a procédé à la réception provisoire de cinq Systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages (SAEPmV), transformant le quotidien de milliers de familles dans les départements des Collines et de l’Atacora.

Cinq ouvrages, cinq réponses à une attente vitale
Du 6 au 8 octobre 2026, l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR) a enchaîné les réceptions provisoires de cinq infrastructures majeures, toutes réalisées par SOGEA SATOM. À Chabicouma, dans la commune de Kouandé, le réseau desservira six villages. À Bobè, dans la commune de Bantè, trois localités sont concernées. À Brignamaro, dans la commune de Kérou, trois villages bénéficient du nouveau système. À Touï, dans la commune de Ouèssè, deux ensembles villageois sont raccordés. Enfin, à Tobré, dans la commune de Ouassa-Péhunco, six localités sont desservies.

Au total, ce sont donc des dizaines de milliers d’habitants qui voient leur calvaire prendre fin. À Assaba, Jacqueline Odjounagbo se souvient encore de ces journées interminables : un départ à 8 heures du matin pouvait se prolonger jusqu’à midi, voire 13 heures, avant de revenir avec un seul bidon. « Nous souffrions énormément autrefois pour trouver de l’eau », confie-t-elle. À Brignamaro, Rachida Orou Yorou savoure sa nouvelle liberté : « Aujourd’hui, avec les bornes-fontaines, nous sommes libres : tu te réveilles à l’heure que tu veux et tu trouves de l’eau potable à côté. »

Des infrastructures dimensionnées pour l’avenir
Derrière ces réceptions, des chiffres qui donnent la mesure de l’effort consenti. À Chabicouma, cinq forages, un château d’eau de 300 m³ et près de 39 kilomètres de canalisations alimentent 16 bornes-fontaines. À Bobè, trois forages, un château d’eau de 250 m³ et plus de 83 kilomètres de réseau desservent 19 bornes-fontaines. À Brignamaro, quatre forages, un château d’eau de 350 m³ et 83 kilomètres de canalisations irriguent 32 bornes-fontaines. À Touï, cinq forages, un château d’eau de 200 m³ et plus de 35 kilomètres de réseau alimentent 22 bornes-fontaines. À Tobré, trois forages, une bâche de reprise de 150 m³ et près de 58,7 kilomètres de canalisations desservent 15 bornes-fontaines.

Ces ouvrages ne sont pas pensés pour le seul présent. Les projections démographiques montrent une volonté d’anticipation. À Chabicouma, la population de référence passera de 14 577 habitants en 2022 à 20 602 en 2032 et 29 117 en 2042. À Bobè, de 10 232 habitants en 2022 à 14 460 en 2032. À Brignamaro, de 16 145 habitants en 2022 à 22 819 en 2032 et 32 251 en 2042. À Touï, de 11 623 habitants en 2022 à 16 426 en 2032 et 23 216 en 2042. À Tobré, le réseau est dimensionné pour une population projetée de 41 235 habitants à l’horizon 2032 et 58 278 en 2042.

La fin d’un calvaire quotidien
Pour les ménages, l’impact est immédiat. La proximité des bornes-fontaines allège la corvée d’eau, particulièrement pour les femmes et les jeunes filles. À Bobè, le préfet des Collines a rappelé les difficultés d’antan : certains habitants parcouraient jusqu’à 12 kilomètres vers Bantè pour chercher de l’eau. Des bidons de 25 litres acheminés par tricycle étaient vendus entre 150 et 250 francs CFA. Pour les ménages consommant trois à cinq bidons par jour, les prix évoqués pouvaient représenter de 450 à 1 250 francs CFA quotidiens. Désormais, les réformes de l’État plafonnent le prix de la bassine à 25 francs CFA.
À Chabicouma, Valérie Banrancim se souvient : « Nous avons cherché cette eau il y a longtemps. On buvait l’eau de pluie, et l’eau de marigot en saison sèche. » Aujourd’hui, son vœu est simple : « On prie pour que ce soit continuel. »
Vers des branchements à domicile
Si les bornes-fontaines constituent l’accès collectif, l’étape suivante est déjà engagée. À Touï, à Bobè et à Brignamaro, une offre promotionnelle de branchement à domicile au tarif forfaitaire de 10 000 francs CFA a été annoncée. Les sociétés fermières — Omilayé pour Touï, Bobè et Chabicouma, SBA des Eaux pour Tobré — sont seules habilitées à réaliser ces raccordements.

À Kérou, le maire Pierre Wari Brisso a appelé les ménages à faire les démarches : « Le gouvernement a joué sa partition. C’est désormais aux ménages de faire les démarches nécessaires pour obtenir leur branchement privé à domicile. » À Tobré, le chef d’arrondissement Tamou Bio a salué l’action du gouvernement tout en appelant l’attention sur les localités encore non couvertes et la réhabilitation des points d’eau en panne.
Un engagement pour la durée
Au-delà des chiffres, l’enjeu est désormais celui de l’exploitation durable. La maintenance des pompes, des équipements de désinfection et des canalisations sera déterminante pour préserver les bénéfices de l’investissement public. À Chabicouma, N’toti Justin, conseiller du village de Fouctoum, formule une attente simple : « Nous demandons un suivi régulier pour éviter les coupures. Que les techniciens vérifient souvent les machines afin que cette eau potable coule sans interruption dans nos villages. »

Avec ces cinq SAEPmV, le gouvernement du président Romuald Wadagni donne une traduction concrète à son ambition d’accès universel à l’eau potable. Pour les populations de Chabicouma, Bobè, Brignamaro, Touï et Tobré, l’eau coule désormais. Reste à faire en sorte qu’elle coule durablement.
Akkilou YACOUBOU










