Il est des passions que même une brillante carrière ne parvient pas à étouffer. C’est le cas pour Jacques Dake. Après près de trente ans au service du développement rural béninois, cet ingénieur agronome a raccroché pour vivre enfin son rêve d’enfance : les arts plastiques. À Bohicon, il a choisi de donner un tout autre sens à sa retraite en transformant son univers quotidien en une galerie unique où chaque œuvre raconte une histoire.
Né en décembre 1957 à Djakotomey, ce natif du Couffo a longtemps mené une double vie. D’un côté, celle d’ingénieur agronome diplômé de la Faculté des sciences agronomiques du Bénin qui, de 1986 à 2015, a occupé d’importantes fonctions de responsable du développement rural, de la planification et de l’appui aux réformes. De 2016 à 2018, il a poursuivi son engagement en tant qu’assistant technique national pour un projet belge d’accompagnement des structures décentralisées du ministère de l’Agriculture. De l’autre côté, celle d’un artiste autodidacte qui gardait intacte en lui sa flamme créatrice. Admis à valoir ses droits à la retraite, Jacques Dake a fait un choix radical : se consacrer à plein temps aux arts plastiques.

Une galerie riche et unique en son genre
Situés au quartier Zakpo, à une centaine de mètres de l’église catholique Immaculée-Conception, l’atelier et la galerie de Jacques Dake témoignent du fait que l’ancien cadre ne voit pas dans l’art un simple passe-temps pour meubler sa retraite. Aujourd’hui, sa galerie abrite une cinquantaine d’œuvres : tableaux, sculptures, masques et créations plastiques diverses. Sa particularité ? Chaque pièce y est accompagnée d’un poème et d’un texte de décryptage qui en révèlent la portée et le sens profond.
Ce qui frappe chez Jacques Dake, c’est l’audace technique. Au-delà de la peinture classique, l’homme se révèle être un véritable alchimiste des matières locales. Il assemble, colle, brûle et taille un éventail de matériaux : produits agricoles, tiges de graminées, pailles, brindilles de palme, latérite, sables, perles, cauris, capsules de boissons, coquilles de mollusques ou d’œufs et tessons de bouteilles. Un art profondément ancré dans son environnement, nourri par les galeries, la lecture, la musique, la contemplation et « l’écoute des rêves, des craintes et des espoirs des autres ».
Formé au contact d’autres maîtres, il a notamment partagé ateliers et expositions avec le regretté artiste Julien Dégan. Ses œuvres, vendues ou offertes, figurent aujourd’hui dans les collections de personnalités et d’institutions, aussi bien au Bénin qu’à l’étranger.
Lorsqu’on lui demande jusqu’où il compte aller, Jacques Dake répond sans détour : « Mon ambition est de faire de cet espace de Bohicon une galerie d’art contemporain de référence, avec des œuvres exclusives et d’exception, au Bénin et, pourquoi pas, sur le reste de la planète. »
Laurent YOVO



