La transformation numérique de l’Afrique pose de nouveaux défis en matière de sécurité et de souveraineté technologique. C’est autour de ces enjeux que les acteurs publics et privés se retrouveront à Cotonou, les 16 et 17 novembre prochains, à l’occasion de la sixième édition du Cyber Africa Forum (CAF).
En prélude à l’événement, une rencontre organisée ce lundi à Françoise’s Garden a permis de présenter les grandes orientations de cette édition. Pour Franck Kié, commissaire général du CAF, le forum est devenu une plateforme de référence sur les questions de cybersécurité et de confiance numérique. À deux semaines de son ouverture, plus de 2 000 inscriptions étaient déjà enregistrées, avec la mobilisation de 70 à 80 partenaires.
Il a notamment insisté sur la nécessité de garantir la sécurité des échanges et des usages numériques. Face à la progression des cybermenaces, il estime que les pays africains doivent anticiper les risques et prendre une part active à la construction des nouvelles technologies. « Demain se construit aujourd’hui », a-t-il rappelé.
L’intelligence artificielle et les solutions locales au cœur des priorités
Au Bénin, cette ambition s’inscrit dans la stratégie nationale de développement de l’intelligence artificielle. Le directeur général du Centre national d’investigations numériques (CNIN), Ouanilo Medegan Fagla, a présenté deux orientations : améliorer le fonctionnement de l’administration grâce à l’intelligence artificielle et encourager la conception de solutions technologiques locales.
L’achat public d’innovation figure parmi les mécanismes envisagés. Il s’agit de permettre aux entreprises et aux concepteurs béninois de proposer des solutions aux difficultés rencontrées par l’administration. Cette démarche vise à valoriser les compétences nationales et à limiter la dépendance aux technologies importées.
Le village de l’innovation, annoncé dans le cadre du forum, devrait également servir de vitrine aux start-up et entreprises locales. Elles pourront y présenter leurs réalisations et nouer des contacts avec des partenaires et de potentiels utilisateurs.
La hausse des plaintes liées à la cybercriminalité interpelle
La nécessité de renforcer les dispositifs de sécurité est également soutenue par les chiffres communiqués par Wilbrod Dossou, directeur des Analyses, de la Veille et de l’Intelligence stratégique (DAVIS). Selon lui, plus de 6 000 plaintes liées à la cybercriminalité ont été enregistrées cette année, contre environ 4 000 à 4 400 en 2023-2024. Cette progression, proche de 60 %, traduit aussi, selon son analyse, une sensibilisation accrue des populations et un recours plus fréquent aux services compétents.
L’intelligence artificielle représente à la fois un outil de lutte contre les cyberattaques et un moyen supplémentaire pour les cybercriminels de perfectionner leurs méthodes. D’où l’importance de développer des capacités nationales de calcul et des modèles d’intelligence artificielle.
Pour Richmond Tiemoko, représentant résident de l’UNFPA au Bénin, la transformation numérique doit également s’accompagner de garanties en matière de protection des données personnelles et des droits humains. Il a notamment plaidé pour l’intégration de la sécurité dès la conception des outils numériques et le renforcement de l’éducation aux usages responsables du numérique.
De son côté, Marc-André Loko, directeur général de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (ASIN), a souligné le rôle des partenariats avec les gouvernements, les organisations internationales, les bailleurs et les entreprises privées dans le transfert d’expertise et le renforcement des capacités locales.
Après cinq éditions, le Cyber Africa Forum annonce plusieurs nouveautés, dont la création d’un collège d’experts, le renforcement des rencontres entre entreprises et la signature de conventions stratégiques. À travers cette sixième édition, les organisateurs entendent poursuivre les échanges sur les moyens de sécuriser la transformation numérique du continent et de renforcer son autonomie technologique.
François D’Assise BATCHOLA









