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Société

De Sètto à Dassa-Zoumé : La route qui va changer la vie des collines

Trente-huit kilomètres, un second pont sur le Zou, trente-six mois de travaux. Derrière les chiffres du chantier lancé mercredi 9 septembre par le chef de l’État, c’est le quotidien de dizaines de milliers de riverains qui va se transformer.

Un axe que tout le pays emprunte
Il y a des routes que l’on emprunte, et d’autres que l’on subit. Sur l’axe Bohicon-Dassa-Zoumé, les usagers ont appris à faire les deux. La chaussée unique concentre le trafic des particuliers, des taxis-brousse, des cars de transport et des poids lourds qui montent vers le Sahel. Le pont sur le fleuve Zou, seul ouvrage de franchissement, impose son propre rythme à l’ensemble.

Mercredi 9 septembre, à la nouvelle préfecture de Dassa-Zoumé, le président de la République a présidé le lancement des travaux de reconstruction en 2×2 voies du tronçon Sètto-Dassa-Zoumé. Longueur du tronçon : 38,740 kilomètres. Durée annoncée : trente-six mois. Avec, à la clé, la construction d’un second pont sur le Zou.

Ce que change une chaussée séparée
Le passage à 2×2 voies n’est pas un simple élargissement. Il sépare les flux. Les véhicules ne se croisent plus de front, ce qui supprime la cause principale des accidents graves sur les axes interurbains. Il autorise le dépassement en sécurité, ce qui met fin à ces convois compacts derrière un camion chargé.

Les bénéfices attendus par les autorités sont clairement énoncés : améliorer la fluidité du trafic, renforcer la sécurité des usagers, réduire les coûts d’exploitation des véhicules, soutenir le développement économique des localités traversées et favoriser une meilleure connectivité entre les marchés nationaux et régionaux.

Le second pont sur le Zou répond, lui, à une vulnérabilité structurelle. Un ouvrage unique sur un axe international signifie qu’un incident isolé peut interrompre le fret national et sous-régional. Le dédoublement transforme un point de fragilité en point de passage redondant.
Le montage et l’entreprise

Le projet représente 291 millions de dollars américains. Le gouvernement des États-Unis d’Amérique y contribue à hauteur de 202 millions de dollars, à travers le Millennium Challenge Corporation. Le gouvernement de la République du Bénin apporte 89 millions de dollars.
La mise en œuvre est assurée par le Millennium Challenge Account-Bénin Régional, à travers le projet Infrastructure du corridor et le projet Efficacité des opérations du corridor. Le programme vise à réduire les coûts de transport, à améliorer la sécurité routière et à renforcer la compétitivité du corridor stratégique Cotonou-Niamey.

Les travaux ont été attribués au groupement SOGEA SATOM et SOGEA SATOM Bénin.

« Nous avons attendu longtemps »
Sur l’esplanade de la préfecture, l’émotion primait sur les chiffres. Ishola Abi, cultivateur à Sètto, s’était installé dès l’aube : « Je transporte mes ignames à moto jusqu’au marché. Quand il pleut, je perds la moitié de ma journée. Nous avons attendu longtemps. » Bernadette Bola, infirmière au centre de santé de Dassa, insistait sur un autre effet : « Les évacuations vers Bohicon, c’est notre angoisse permanente. Sur cette route, chaque minute compte. Une 2×2 voies, ce sont des vies sauvées. J’étais parmi la foule, j’applaudissais, j’avais du mal à y croire. »

Un ensemble de 207 kilomètres

Le ministre du Cadre de vie et des Transports a rappelé que ce chantier n’est pas isolé : « le tronçon Sètto-Dassa-Zoumé dont nous procédons au lancement aujourd’hui s’inscrit pleinement dans le chantier global structurant : la reconstruction en 2×2 voies de la route nationale inter-État n°2 sur le tronçon Cotonou-Allada, Bohicon-Dassa-Zoumé long de 207 km au total pour un investissement global de 288 milliards de francs CFA. »

Trois exigences ont été posées aux entreprises attributaires : rigueur, célérité et qualité. Une manière de rappeler que le délai de trente-six mois relève de l’engagement et non de l’estimation.

Les trois années qui viennent

Reste le chantier lui-même, avec ce qu’il impose. Trente-six mois de déviations, de circulation alternée, de poussière en saison sèche et de boue en saison des pluies. Les riverains des localités traversées le savent : la route se paie d’abord en désagréments avant de se rendre en confort.

Mais ces désagréments s’accompagnent d’une économie locale de chantier. Emplois directs et indirects, restauration, hébergement, petits commerces le long du tracé : un projet de cette ampleur irrigue les localités qu’il traverse avant même d’être achevé.

« Mes enfants profiteront de cette route plus que moi », glissait Jacques, la soixantaine, agriculteur à Paouignan, en quittant les lieux. « Mais moi, j’aurai vu le jour où elle a commencé, et j’aurai vu le président venir la lancer. Ça, personne ne me l’enlèvera. »

Dans trois ans, si le calendrier est tenu, quatre voies relieront Sètto à Dassa-Zoumé, et deux ponts enjamberont le Zou. Les collines auront changé d’échelle.

WM

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