En lançant officiellement la réforme territoriale et la création des pôles de développement, le président Romuald Wadagni a prononcé un discours qui tranche avec les habituelles allocutions protocolaires. En interpellant directement les cadres et dirigeants sur leur désaffection vis-à-vis de leurs régions d’origine, le chef de l’État pose les bases d’un changement de paradigme dans la gouvernance locale. Une sortie qui mérite d’être décryptée.
Le constat brutal d’une rupture historique
Face à un parterre de hauts fonctionnaires, directeurs généraux et délégués, Romuald Wadagni n’a pas mâché ses mots : « Nos cadres ne vont pas dans leur région, nos cadres ne construisent pas dans leur village, n’ont pas un petit champ ou une petite ferme dans leur région ».
Ce constat met en lumière une réalité sociologique profondément ancrée. Pendant des décennies, la réussite professionnelle s’est traduite par un éloignement physique et économique du village natal. Les investissements, les constructions et les projets d’affaires se sont concentrés dans les grands centres urbains ou à l’étranger, laissant les terroirs d’origine en marge de la prospérité.
Une méthode inédite : le suivi présidentiel sur le terrain
L’élément le plus singulier de cette prise de parole réside dans la méthode d’évaluation et de suivi annoncée. Romuald Wadagni a affirmé son intention d’accompagner lui-même le suivi sur le terrain : « Dès l’installation des pôles, je passerai avec chaque délégué général faire le tour de son pôle. Je vais veiller à ça ».
En liant l’efficacité de la réforme à une présence physique sur le terrain, le pouvoir politique fixe un standard d’exemplarité pour les cadres de l’administration. Une manière de rappeler que la décentralisation ne se décrète pas depuis un bureau, mais se construit au contact des réalités locales.
La reconnexion avec la base, condition du progrès
Pour la présidence, l’action publique centralisée ne saurait suffire si elle ne s’accompagne pas d’un engagement citoyen et individuel des élites à la base. « Il faut commencer à aller dans nos régions, nos villages, constater de nos propres yeux les difficultés pour contribuer à régler ces problèmes », a insisté le chef de l’État.
L’analyse sous-jacente est claire : les intentions gouvernementales et les budgets affectés risquent d’avoir un impact limité si les cadres ne s’impliquent pas directement pour constater les réalités locales et y apporter des solutions durables. La proximité physique devient ainsi une condition de l’efficacité publique.
Les enjeux d’un nouveau contrat territorial
La création des pôles de développement territorial vise à décentraliser la croissance et à faire émerger des opportunités économiques sur l’ensemble du territoire national. Mais la réussite de cette réforme reposera sur la capacité à lever les réticences socioculturelles et économiques qui ont jusqu’ici poussé les cadres à délaisser leurs régions d’origine.
En lançant cet appel, le président Romuald Wadagni invite chaque cadre à « jouer sa part » et à devenir un acteur moteur du développement à la base. Une condition indispensable pour transformer les progrès potentiels en résultats concrets pour les populations locales.
Un pari audacieux
Reste à savoir si cet appel sera entendu. Le changement de mentalité prend du temps, et les habitudes de concentration urbaine sont tenaces. Mais en posant publiquement ce diagnostic et en s’engageant personnellement sur le suivi, le chef de l’État crée une dynamique qui pourrait, à terme, redessiner les rapports entre les élites et leurs terroirs. Un pari audacieux, dont l’issue dépendra de la capacité de chacun à se sentir responsable du développement de sa région.
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