Le Bénin et Haïti envisagent de renforcer leur coopération militaire. Confrontées à une grave crise sécuritaire, les autorités haïtiennes souhaitent bénéficier de l’expérience béninoise pour renforcer les capacités de leur armée. C’est dans cette perspective que le lieutenant-général Derby Guerrier effectue une visite d’une semaine au Bénin.
Au cours de sa séance de travail ce mardi 3 novembre 2026 à Cotonou avec le général Fructueux Gbaguidi, le chef militaire haïtien a particulièrement insisté sur le besoin de formation des jeunes officiers. Démobilisées en 1995 puis remobilisées en 2018, les Forces armées d’Haïti font face à un déficit de cadres et ne disposent pas encore d’une académie militaire opérationnelle. « L’armée d’Haïti a besoin de beaucoup de formation. […] Il nous manque des cadres, des jeunes officiers », a expliqué Derby Guerrier. Il souhaite ainsi que les écoles militaires béninoises puissent accueillir des militaires haïtiens pour leur formation.
Une proposition à laquelle le chef d’état-major général des Forces armées béninoises s’est montré favorable. « Nous sommes prêts à former du grenadier-voltigeur, c’est-à-dire le plus petit niveau, jusqu’à l’officier d’état-major s’il le souhaite », a assuré Fructueux Gbaguidi. La formation pourrait ainsi constituer un premier axe concret de cette coopération.
Une éventuelle intervention militaire reste à décider
Les échanges ont également porté sur la possibilité d’une contribution béninoise aux efforts de lutte contre les gangs armés en Haïti. Ces groupes contrôlent plusieurs zones stratégiques, notamment dans le département de l’Ouest, où se trouve la capitale Port-au-Prince, et entravent la circulation entre les différentes régions du pays.
Le lieutenant-général Derby Guerrier a exprimé le souhait de voir le Bénin accompagner son pays dans la sortie de cette crise. Il a toutefois reconnu que la décision d’une éventuelle intervention ne relevait pas de sa seule responsabilité. « Il y a des choses qui ne dépendent pas de moi », a-t-il indiqué.
De son côté, le général Fructueux Gbaguidi a rappelé que cette question relevait des prérogatives du président de la République. Il a annoncé qu’il rendrait compte des échanges aux autorités compétentes. « Haïti, c’est l’autre Bénin. Il n’y a que l’océan qui nous sépare », a-t-il également déclaré pour souligner les liens entre les deux pays.
Après cette séance de travail à l’état-major général, Derby Guerrier s’est rendu au ministère délégué chargé de la Défense. Son programme prévoit également des visites à Ouidah, à la caserne Dessa de Toffo, à Abomey et à Bembèrèkè.
Cette visite ouvre ainsi des perspectives de rapprochement entre les deux armées. Si la formation des militaires haïtiens apparaît comme une piste de coopération concrète, une éventuelle participation béninoise à une opération de sécurisation en Haïti reste soumise à la décision des autorités compétentes.
François D’Assise BATCHOLA










