L’instauration des pôles de développement territorial suscite l’adhésion d’Idrissou Bako. Ingénieur agronome et acteur politique, il voit dans cette réforme une occasion d’accélérer le développement des régions, de valoriser leurs potentialités économiques et de renforcer les filières agricoles. Mais, pour en tirer pleinement profit, il estime indispensable de réunir certaines conditions, notamment en matière de financement, de coordination et de gouvernance.
Pour Idrissou Bako, la création des pôles de développement territorial constitue un choix stratégique pour l’avenir du Bénin. Il y voit « une option politique qui va permettre un développement accéléré de nos différentes régions, qui va réduire le déséquilibre constaté au niveau des différentes régions du pays ».
L’ambition est de permettre à chaque territoire de mieux exploiter ses ressources, de créer des richesses et de générer des emplois. Une approche qui devrait également favoriser la décentralisation et renforcer la participation des populations à la gouvernance locale.
L’agriculture au cœur des opportunités de la réforme
Parmi les secteurs susceptibles de bénéficier de cette nouvelle organisation territoriale, l’agriculture occupe une place de choix. Les filières végétales, animales et halieutiques pourraient connaître une nouvelle dynamique. Des cultures de rente comme le coton, le soja et l’ananas aux productions vivrières telles que le riz, le maïs, les céréales, les légumineuses et les produits maraîchers, l’enjeu est d’accroître la production et la productivité.
Idrissou Bako estime toutefois que l’augmentation des volumes agricoles doit s’accompagner d’une transformation locale plus importante. Pour illustrer cette nécessité, il a évoqué le modèle de la Zone industrielle de Glo-Djigbé, dont l’approvisionnement repose sur des productions issues de plusieurs localités du pays.
« Retenez que Glo-Djigbé est là, mais la production est faite depuis Malanville. Glo-Djigbé est là, la production est faite depuis Savè, depuis Toukountouna. […] Si nous avons eu ce succès, pourquoi ne pas généraliser cela ? Pourquoi ne pas rapprocher les œuvres agro-industrielles des zones de grande production ? », s’est-il interrogé.
Il plaide ainsi pour le développement de systèmes agroalimentaires intégrés, associant producteurs, industriels, commerçants, fournisseurs et structures de recherche. L’objectif est de rapprocher les unités de transformation des bassins de production afin de créer davantage de valeur ajoutée dans les territoires.
Une synergie entre les acteurs pour réussir la réforme
La concrétisation de cette ambition nécessite, selon l’ingénieur agronome, une mobilisation collective. « Nul ne sera de trop », insiste-t-il.
L’État, les ministères sectoriels, les collectivités territoriales, les maires, les préfets, les organisations professionnelles agricoles, les investisseurs, les entrepreneurs ainsi que les banques et les partenaires techniques et financiers sont appelés à jouer leur partition. Pour lui, la réussite des pôles dépendra surtout de la capacité de ces différents acteurs à travailler dans une logique de complémentarité et autour de priorités clairement définies.
Quatre préoccupations à lever
Malgré son adhésion à la réforme, Idrissou Bako a relevé quatre préoccupations susceptibles d’en compromettre les résultats.
La première concerne l’insuffisance éventuelle des ressources financières pour transformer les ambitions en véritables opportunités d’investissement. La deuxième porte sur la clarification des responsabilités entre les acteurs de la décentralisation et la délégation générale, afin d’éviter les conflits de compétences.
Il a également évoqué le risque d’un manque de coordination entre les différentes initiatives. À ses yeux, le développement territorial ne saurait se limiter à une simple juxtaposition de projets. Il exige une articulation cohérente des interventions.
Il a insisté sur la nécessité d’un dispositif rigoureux de suivi, d’évaluation et de reddition de comptes pour mesurer les progrès accomplis et garantir une gestion transparente du processus. Ces précautions sont d’autant plus importantes qu’il souhaite voir cette réforme renforcer le sentiment d’appartenance nationale, sans laisser place aux réflexes régionalistes.
La classe politique appelée à dépasser les clivages
Au-delà des considérations techniques et économiques, Idrissou Bako a interpellé les acteurs politiques. Pour lui, le développement territorial doit être considéré comme une cause nationale, au-delà des appartenances partisanes.
« Les acteurs politiques doivent prendre cette opportunité de développement régional comme une opportunité de développement de tout le Bénin. On doit avoir un esprit patriotique », a-t-il affirmé.
Il les a invités notamment à contribuer à l’identification des priorités locales, à sensibiliser les populations et à exercer un contrôle démocratique sur la mise en œuvre de la réforme.
Idrissou Bako a estimé que la réussite des pôles de développement territorial ne devra pas se mesurer au nombre de structures mises en place, mais aux changements réellement perceptibles dans la vie des populations. Il a donc appelé l’ensemble des acteurs à s’approprier cette réforme pour en faire un véritable moteur de développement pour tout le Bénin.
Jean De Dieu TRINNOU









