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Politique

Six pôles, douze mois : le compte à rebours est lancé

Soixante-dix-sept communes, six pôles, un Comité national présidé par le chef de l’État : la réforme territoriale voulue par le président Wadagni, engagement de sa campagne, entre dans sa phase d’installation. De Cotonou à Savalou, en passant par Grand-Popo, ceux qui devront la faire vivre disent leur satisfaction et leurs attentes, et fixent déjà leurs rendez-vous.
Le document tient en onze diapositives. Il a été présenté le 23 septembre au Palais de la Marina sous un titre sobre, « Document d’orientation et de cadrage ». Il ne comporte ni budget chiffré ni liste de projets. Il donne en revanche une architecture, une méthode et surtout un calendrier. C’est ce calendrier, plus que tout le reste, que les acteurs locaux ont regardé de près.
La réforme a été annoncée pendant la campagne présidentielle. Elle prend désormais forme. Le pays est découpé en six pôles de développement territorial : Grand-Nokoué, Sud-Est, Sud-Ouest, Centre, Nord-Est et Nord-Ouest. Le découpage est économique, non administratif. Chaque pôle rassemble des communes aux atouts jugés complémentaires. L’ambition, telle que l’énonce le texte, est de « convertir les potentialités locales en richesses » et de traduire les ambitions nationales en résultats visibles pour les populations.
Tout doit se jouer en quatre temps.

D’ici à décembre : des noms et une équipe

Le quatrième trimestre 2026 sera consacré à l’installation. Les délégués généraux seront nommés, leurs équipes mobilisées et le Comité national de pilotage mis en place. Des groupes de travail seront lancés.
À Cotonou, dans un espace de coworking de Cadjèhoun, Kévin développe avec deux associés une application de gestion pour les petits commerçants. Le Grand-Nokoué, qui réunit Cotonou, Abomey-Calavi, Porto-Novo, Sèmè-Kpodji et Ouidah, est tourné, selon le document, vers le tourisme, la logistique et l’innovation.
« L’innovation, on en parle beaucoup », dit-il en refermant son ordinateur. « Ce qui est nouveau, c’est qu’il y aura quelqu’un dont c’est le travail de faire le lien entre nous, les communes et l’État. Pour une startup, savoir à quelle porte frapper, c’est déjà la moitié du chemin. » Il est enthousiaste, et ne s’en cache pas.

Début 2027 : l’heure des choix

Le premier trimestre 2027 doit permettre de « structurer l’attractivité ». Il faudra préciser les moteurs de croissance et les filières prioritaires, cartographier les projets et définir les incitations, qu’elles soient fiscales, foncières ou financières. C’est le moment où chaque territoire saura ce qu’on attend de lui.
À Savalou, dans le pôle Centre, qui réunit quinze communes, de Bohicon à Savè, Bernadette préside une coopérative de productrices de soja. Elle parle lentement, en pesant ses mots.
« Ce que j’apprécie, c’est qu’on commence par étudier. On ne nous impose pas une usine venue de nulle part. Mais je demande une chose : que les femmes soient consultées. Ce sont elles qui transforment, ici. Si on fait les études sans elles, on se trompera. »
Son espoir est réel. Il est aussi exigeant.

Au printemps : qui fait quoi, et avec quel argent ?

Le deuxième trimestre 2027 est consacré à la planification. Il s’agira d’articuler la contribution de l’État, des communes et du secteur privé, d’organiser l’accompagnement des investisseurs et des entreprises locales, puis d’adopter une feuille de route opérationnelle. Le document parle de « contrat » et de « responsabilités définies ».
Un adjoint au maire de Grand-Popo, dans le pôle Sud-Ouest, le plus vaste avec dix-huit communes, y voit le point de bascule. « Nos communes ont des idées, mais peu de moyens pour monter des dossiers solides. Si le pôle apporte l’ingénierie, les experts, l’accès aux financements, alors on pourra enfin porter des projets à la hauteur du littoral. La Route des pêches, le tourisme lagunaire, il y a tant à faire. »
La présence d’un représentant de l’ANCB au sein du Comité national de pilotage l’a rassuré. « Les communes auront leur voix au plus haut niveau. Ce n’est pas un détail. »

Fin 2027 : le juge de paix

Le second semestre 2027 est celui du déploiement : lancement des projets prioritaires, premières actions rapides, mise en place d’un dispositif de suivi-évaluation. Le document prévoit un « tableau de bord » et un « test de sortie à M12 ». Autrement dit, dans un an, on mesurera.
C’est peut-être le point qui revient le plus souvent dans les conversations. Pas le découpage, ni même le délégué général, mais l’idée qu’une évaluation est prévue et datée. « On a l’habitude des grands plans », sourit Bernadette. « Un plan avec une date d’examen, c’est plus rare. »

Quatre conditions, et l’essentiel

Le cadrage liste lui-même, en conclusion, ce dont dépendra la réussite. Il faut un cadre clair, avec une impulsion politique forte et des rôles clarifiés entre État, pôles et communes. Il faut des capacités d’action, par la coordination, l’association du secteur privé, des universités et de la société civile, un financement territorial adapté et la sécurité des territoires vulnérables. Il faut une coopération fondée sur des engagements contractualisés et des financements suivis. Il faut enfin une ingénierie territoriale, faite de compétences en planification et de conduite du changement.
Aucune de ces conditions n’est acquise d’avance. Toutes sont nommées, et c’est précisément ce que les acteurs rencontrés retiennent.
Kévin, lui, a déjà noté la date dans son agenda partagé : « Septembre 2027- bilan pôles. » Il l’a mise en rouge.

Worou MERE

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