Étudiants, jeunes en quête d’un métier, aspirants enseignants, soignants, habitants des zones frontalières : chacun lit le projet de loi de finances 2027 à travers ses propres urgences. Tour d’horizon d’un budget qui ambitionne de toucher tout le territoire, et des conditions pour qu’il y parvienne.
Six pôles régionaux. Quatre axes transversaux : agriculture, tourisme, industrie, innovation. Et, pour chaque pôle, un objectif affiché : au moins une nouvelle industrie et une « ville de splendeur ».
Le vocabulaire est neuf. La logique, elle, entend corriger un déséquilibre ancien, celui d’un développement longtemps concentré sur le littoral. Avec le projet de loi de finances 2027, aligné sur la Vision 2060 « Bénin Alafia » et le PND 2026-2035, le Gouvernement fait de la territorialisation la grille de lecture de son action. Encore faut-il que, du nord au sud, chacun y retrouve sa part.
« Tu arrives en retard avant d’avoir commencé »
Ulrich, 21 ans, prépare une licence de sociologie et habite à une quinzaine de kilomètres du campus. Chaque matin, la même équation : partir tôt, très tôt, ou renoncer au premier cours. « Si tu rates le bus, tu arrives en retard avant même d’avoir commencé ta journée. Et le zémidjan, tous les jours, aucun étudiant ne peut tenir. »
Le budget prévoit la relance du transport universitaire avec 63 bus neufs, une revalorisation des bourses pouvant atteindre 49 % et la création de cinq campus numériques. Ulrich reste sur la réserve, sans hostilité. « Les bus, c’est un début. Les bourses, je veux les toucher. Mais si c’est fait, ça va soulager énormément de monde. »
Le fil et l’aiguille
Dans un atelier de couture de Parakou, Awa coupe un pagne à la craie, sans lever les yeux. Pas de diplôme, mais dix ans de métier. Elle a entendu parler d’Azôli, le programme destiné aux jeunes peu qualifiés. Le texte en prévoit 46 500 bénéficiaires, dont la moitié de femmes. « Moi, j’ai mes mains. Si on m’aide pour une deuxième machine, le reste, je m’en occuperai. »
À l’autre bout de l’échelle des qualifications, le programme d’insertion PSIE doit placer 2 000 diplômés par an dans le secteur privé. S’y ajoutent un crédit numérique accordé en moins de 48 heures et la construction de plusieurs dizaines de lycées agricoles et d’écoles professionnelles. L’ambition est claire : que la formation colle enfin aux besoins des futures unités industrielles de chaque pôle.
Dans la salle des maîtres, une attente très précise
Gildas enseigne les mathématiques dans un collège du Zou. Aspirant au métier d’enseignant, il a longtemps vécu au rythme des renouvellements et des incertitudes. Le projet de loi de finances inscrit, parmi les mesures administratives prioritaires, le recrutement progressif sur titre des aspirants, la mise en route de l’avancement automatique et le règlement de plusieurs questions liées à la carrière des agents de l’État.
Il pèse ses mots. « C’est écrit dans le budget, c’est déjà un pas. On a beaucoup entendu, ces dernières années. Si le calendrier suit, des collègues vont enfin pouvoir se projeter, fonder une famille, prendre un crédit. »
Soigner plus près
Dans un centre de santé du Borgou, Clarisse, infirmière, tient le registre des évacuations. Trop de lignes, trop de kilomètres. « Le plus dur, c’est quand tu sais ce qu’il faut faire, mais que l’hôpital est trop loin. »
Dix nouveaux hôpitaux de zone, de 65 et de 120 lits, sont programmés. Le Centre hospitalier international de Calavi poursuit son opérationnalisation. Les urgences vitales seront prises en charge systématiquement, de même que certaines affections cardiaques. Pour Clarisse, la question n’est pas seulement celle des murs : « Il faudra du personnel, du matériel, des ambulances. Mais un hôpital plus proche, c’est des vies, tout simplement. »
Aux confins, la présence de l’État
Plus au nord, dans les communes frontalières, le budget prend une autre coloration. Le renforcement des capacités des Forces de défense et de sécurité y va de pair avec le développement des zones frontalières, conçu comme un levier de prévention de l’extrémisme violent.
Le pari est que la route, l’école et le centre de santé font aussi partie de la sécurité. Un éleveur rencontré près d’un marché à bétail le formule à sa façon : « Quand l’État est là, avec ses services, les jeunes ont autre chose à écouter. »
Ce qui fera la différence
Rien de tout cela ne relève de l’acquis. L’ensemble repose sur un budget de 4 757 milliards FCFA, dont 45 % du budget général sont consacrés aux dépenses à sensibilité sociale, sans impôt nouveau. Sa réussite tiendra à quelques conditions simples à énoncer, plus difficiles à remplir : la rapidité d’exécution des crédits, la précision du ciblage grâce au Registre social unique, l’entretien des ouvrages une fois livrés, et une information claire des bénéficiaires sur leurs droits.
À Parakou, Awa a repris sa coupe. Elle n’a pas lu le projet de loi de finances et ne le lira sans doute pas. Elle jugera autrement : à la machine qui arrivera, ou pas, dans son atelier.
WM









