Reconnu coupable du meurtre de 190 enfants et d’un adulte dans l’affaire de la forêt de Shakahola, Paul Mackenzie a été condamné le vendredi 6 novembre 2026 par la Haute Cour de Mombasa. Ses 28 coaccusés ont également été condamnés à la prison à vie.
Le verdict est tombé au Kenya. Paul Mackenzie, prédicateur autoproclamé et fondateur de l’Église internationale de la Bonne Nouvelle, a été condamné à 200 ans de prison pour le meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants, dans la forêt de Shakahola. La décision a été rendue le vendredi 6 novembre 2026 par la Haute Cour de Mombasa. Ses 28 coaccusés ont, eux aussi, été condamnés à la prison à vie.
L’affaire remonte à 2023, lorsque des centaines de corps avaient été découverts dans des fosses communes dans la forêt de Shakahola, située dans le comté de Kilifi, sur la côte kényane. Les investigations avaient révélé l’existence d’une communauté dirigée par Paul Mackenzie, qui prêchait un jeûne extrême présenté comme un moyen de rencontrer Jésus après la mort.
Un jeûne imposé au nom du salut
Ancien chauffeur de taxi devenu prédicateur, Paul Mackenzie avait fondé son Église en 2003. À travers ses sermons, notamment diffusés sur sa chaîne de télévision, il développait un discours apocalyptique et présentait certaines institutions, comme les écoles et les hôpitaux, comme des instruments du diable.
En 2019, après avoir fermé son Église, il s’était installé dans la forêt de Shakahola. Ses fidèles étaient invités à le rejoindre sur un domaine isolé de 325 hectares, à l’écart de la société.
Selon les éléments présentés au procès, le jeûne était imposé aux adeptes dans le but de rejoindre Jésus. La juge Diana Mochache a décrit une organisation dans laquelle les enfants, les adolescents, les femmes et les hommes étaient soumis à un ordre de privation alimentaire. Des gardes auraient été chargés de faire respecter les consignes, tandis que des fossoyeurs dissimulaient les corps.
Les victimes seraient mortes principalement de faim, mais certaines auraient également succombé à des actes de violence, notamment par suffocation, strangulation ou blessures à la tête. Devant la cour, Paul Mackenzie et ses coaccusés ont contesté avoir contraint leurs fidèles à mourir.
La peine de mort écartée
Lors du procès, le ministère public avait requis la peine de mort contre le prédicateur. La juge a toutefois prononcé une condamnation à 200 ans de prison. Selon les explications rapportées, elle a notamment estimé que la mort pourrait être perçue par le condamné, au regard de sa doctrine, comme une forme de libération. « Or, des comptes doivent être rendus », a-t-elle déclaré.
La magistrate a également évoqué la planification des faits, leur durée, la vulnérabilité des victimes, les violences et la dissimulation des dépouilles. Elle a rejeté la demande de clémence formulée par la défense.
Le Kenya applique de fait un moratoire sur la peine de mort. Aucune exécution n’y a été réalisée depuis près de 40 ans.
À l’issue du verdict, l’avocat de Paul Mackenzie, Me Obonyo, a annoncé son intention de faire appel.
Au-delà des 191 victimes concernées par cette condamnation, les découvertes réalisées en 2023 dans la forêt de Shakahola avaient révélé un drame de plus grande ampleur. Plus de 430 dépouilles avaient été retrouvées dans des fosses communes, faisant de cette affaire l’une des plus meurtrières de l’histoire récente du Kenya.
François D’Assise BATCHOLA










