(Ce qui fonde ce contraste saisissant)
Derrière l’effervescence de la fête du 1er août, un mécontentement diffus était à peine voilé sur les visages des Béninois. Contrairement à la tradition où l’on a l’habitude de voir le stress caché chez le président sortant et une grande joie née du sentiment de soulagement dans les yeux des citoyens, ce dernier 1er août du magistère de Patrice Talon nous a montré une autre facette. Ce sont plutôt le président Talon, sa femme et ses enfants qui ont exprimé une joie qu’on n’avait jamais vue auparavant.
Le président Talon bien que rejeté par ses pairs qui ne voulaient pas essuyer la honte devant son peuple, était joyeux comme un enfant qui venait de décrocher son premier diplôme. Il était fier de dire à ses compatriotes qu’il partait avec le sentiment du devoir accompli. Le job a été bien fait, et il mérite cette retraite paisible du légionnaire qui a remporté toutes ses guerres.
Tout le monde a vu le président tout rose de joie au défilé, dans son élément, dansant la salsa avec sa tendre épouse au déjeuner, avec le clou de cette effervescence au palais des congrès lors du Festival Chill and Groove. Chacun voulait le toucher, esquisser quelques pas de danse avec le « papi branché » du moment. Toute la jeunesse a caché ses soucis dans l’ivresse de l’humilité du président, venu partager de la bonne émotion.
Mais derrière cette ferveur, les Béninois se demandaient quel visage revêtait cette médaille du départ de leur président. Si en 65 ans d’indépendance, personne n’a fait comme lui, à qui veut-il confier le pays à l’heure des menaces terroristes, où le Bénin a besoin d’un dirigeant fort, courageux et doté d’un charisme à toute épreuve ?
Pour un homme que les Béninois avaient unanimement rejeté juste après l’avoir élu à 65 %, à cause de réformes un peu dures à supporter, l’amour a été d’autant plus fort et plus sincère que toutes ces réformes ont porté leurs fruits au profit de ces mêmes Béninois.
Du coup, l’exigence de la Constitution est devenue un luxe que les Béninois ne comptent plus s’offrir. Il faut que le président Talon, qui a aidé à tailler cette Constitution, trouve lui-même les moyens de nous délivrer de cette malédiction. Dix années paraissent trop courtes aujourd’hui pour un développement continu de notre pays, maintenant qu’on a le bon commandant en chef.
C’est ce qui trottait dans la tête de nos compatriotes quand ils regardaient leur président, avec le sourire d’un homme qui voit sa retraite imminente comme des vacances méritées après dix ans de sacrifices. Le paradoxe est là : les derniers 1er août d’un président au Bénin sont normalement un moment de joie pour les populations et un stress pour le dirigeant qui se voit éloigné de ses privilèges.
Déjà fortuné avant sa présidence et pour quelqu’un qui a tout sacrifié pour amener son pays à ce niveau, le président Talon voit dans son départ une fortune dont il ne compte pas se défaire. Sa femme et ses enfants le soutiennent avec foi. Malheureusement, ce n’est pas l’avis de la majorité, qui ne tardera pas, dans les jours à venir, à voir dans leur bien-aimé président un sentiment d’orgueil qui ne lui ressemble pas. Les jours à venir réservent probablement des surprises, et le président Talon verra sa joie écourtée par une volonté de son peuple qui pense, à juste titre d’ailleurs, qu’il est sa propriété et non celle de la famille Talon.
Aboubakar TAKOU



