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Société

Bilan du projet CASCADE : Plus de 100 000 enfants dépistés, une synergie d’actions saluée

« Pour vaincre la malnutrition, il faut des mesures contraignantes au niveau communal » dit
Nathanaël Totin

Au sortir de l’atelier de partage des résultats du dépistage de la malnutrition dans les communes du projet CASCADE, qui s’est tenu du 9 au 12 décembre 2025 à Covè, le coordonnateur zone Nord du projet CASCADE/CARE-Bénin-Togo, Nathanaël Totin, s’est confié aux médias sur l’état d’avancement, les résultats obtenus et les défis à relever.

Lire l’intégralité de l’interview ci-dessous :

Le Béninois Libéré : Nous venons de clôturer un atelier de deux jours sur le partage des résultats du dépistage de la malnutrition dans le cadre du projet CASCADE. À ce stade de mise en œuvre, quels sont les principaux résultats et quel est l’état d’avancement ?

Nathanaël Totin : Nous mettons en œuvre le projet CASCADE depuis 2022 et il faut noter qu’au départ, ce n’était pas facile. C’est un projet de renforcement des politiques nationales existantes en nutrition, visant à améliorer la sécurité alimentaire et réduire la malnutrition. Au cours de cet atelier, vous avez pu constater la présence de pratiquement tous les secteurs concernés, qui mènent des interventions sensibles et spécifiques à la nutrition.
Aujourd’hui, la situation a profondément évolué. Tous les acteurs sectoriels, tant au niveau national que communal, ont adhéré à la dynamique du projet. Alors que le projet prévoyait d’accompagner trois politiques publiques, nous intervenons désormais sur un éventail plus large de documents stratégiques, y compris la Politique Nationale de la Santé Communautaire et les Plans de Développement Communal (PDC). Ces derniers constituent la déclinaison opérationnelle des politiques nationales au niveau local. Globalement, je peux vous dire que l’objectif est déjà plus qu’à moitié atteint.

Quand vous parlez de documents politiques, pourriez-vous préciser de quels textes il s’agit ?

Nous avons, premièrement, la Politique Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition au Bénin (PNAN), gérée par l’Agence Nationale de l’Alimentation et de la Nutrition (ANAN). Deuxièmement, le Plan Stratégique de Développement de l’Agriculture (PSDSA). Troisièmement, la politique du secteur de la santé pour la nutrition. Ce sont les politiques phares. En complément, GAIN, à travers CASCADE, a contribué à l’élaboration d’une stratégie innovante, notamment la stratégie du SUN Business Network (SBN), qui vise à encourager l’implication du secteur privé dans l’amélioration de la nutrition au Bénin.

Vous avez également évoqué l’approche de campagne de dépistage dans les communes. Quels sont les résultats concrets ?

Dans le renforcement des capacités des politiques, ce sont les acteurs qui sont formés. Nous les amenons à jouer leur rôle régalien vis-à-vis de la communauté. Initialement, le projet n’était pas conçu pour intervenir directement au niveau communautaire. Toutefois, face aux besoins exprimés par les acteurs renforcés et avec l’accord des bailleurs, nous avons étendu nos interventions jusqu’à la base. En collaboration avec les Directions Départementales de la Santé, les 20 mairies, les guichets uniques de protection sociale et les Conseils communaux de Lutte contre le VIH-SIDA, la Tuberculose, le Paludisme, les Hépatites, les Infections Sexuellement Transmissibles et les Épidémies (CCLSTP), nous avons organisé des campagnes de dépistage de la malnutrition chez les enfants de 6 à 59 mois. Plus de 100 000 enfants ont été dépistés, et malheureusement, nous avons enregistré des décès.
Au-delà des chiffres, l’essentiel reste le nombre de vies sauvées. Des cas de malnutrition sévère avec complications ont été identifiés, référés et pris en charge dans les Centres Nutritionnels Thérapeutiques (CNT), et sans complication dans les centres de santé. La prise en charge est faite en synergie avec Première Urgence Internationale et Médecins Sans Frontières. Les autorités communales ont pu constater de visu la réalité de la malnutrition dans leurs communes lors de visites conjointes dans les CNT, ce qui a renforcé leur engagement. Voir des enfants rétablis et retournés dans leurs familles constitue, pour nous, un véritable succès. Aujourd’hui, le Bénin dispose d’une politique de santé communautaire dont la mise en œuvre a été fortement appuyée par le projet CASCADE dans les 20 communes d’intervention.
Les capacités des relais communautaires et des Agents de Santé Communautaires Qualifiés (ASCQ) ont été renforcées, et des outils leur ont été fournis. Avant le projet, ces acteurs travaillaient de manière isolée. Désormais, grâce à la dynamique instaurée, ils agissent de façon coordonnée avec les agents de santé et les Chefs des Guichets Uniques de Protection Sociale (CGUPS) autour d’un objectif commun : l’amélioration de l’état nutritionnel des populations. L’ambition est d’améliorer cette approche multisectorielle en impliquant davantage d’acteurs, notamment le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP).

Pouvons-nous retenir qu’initialement axé sur les politiques nationales, le projet a dû s’adapter pour une prise en charge directe des enfants ? Comment cela s’est-il concrétisé ?

Le projet a financé directement la prise en charge médicale des enfants référés. Compte tenu de la précarité des ménages, un appui financier a été accordé aux parents pour rester auprès de leurs enfants durant les soins. Nous avons également bénéficié de synergies avec d’autres partenaires (Première Urgence Internationale, Médecins Sans Frontières) et mobilisé des fonds disponibles au niveau des Guichets Uniques de Protection Sociale (GUPS). Cette collaboration a permis une prise en charge efficace. Cet atelier de deux jours permet justement de partager ces expériences variées pour inspirer de meilleures pratiques.

Quelles sont les innovations envisagées pour affiner la prise en charge ?

L’innovation principale réside dans la synergie d’actions entre les différents acteurs. Après plus de douze ans d’expérience, je peux affirmer que ce niveau de coordination est rare. Le projet a permis de faire travailler ensemble relais communautaires, ASCQ, agents de santé et Chefs de GUPS. Cette synergie réduit les coûts, améliore l’efficacité et renforce durablement les capacités locales.

Quel plaidoyer adressez-vous aux autorités locales et nationales, et quels résultats en attendez-vous ?

La nutrition est un enjeu fondamentalement multisectoriel. Il est essentiel que les engagements des politiques publiques se traduisent concrètement sur le terrain. Avec des taux de retard de croissance dépassant 30 %, la situation est alarmante. La malnutrition réduit les capacités cognitives des enfants, ce qui affecte leur potentiel à contribuer au développement de leur pays. Il ne suffit pas de construire des infrastructures ; il faut investir dans la sensibilisation, la prévention et la promotion de bonnes pratiques. Nous plaidons pour que la nutrition soit pleinement intégrée dans les Plans Annuels d’Investissement (PAI) et les PDC, et que les communes soient évaluées sur leurs efforts en la matière.

Quels sont les points clés de la feuille de route à l’issue de cet atelier ?

La priorité est la pérennisation des actions. Un canevas de responsabilisation des acteurs a été élaboré pour que les communes prennent progressivement le relais. Chaque service déconcentré a un rôle clair. L’objectif est que les activités de dépistage et de prévention soient réalisées régulièrement, au moins une fois par semestre, sous la coordination des mairies. CASCADE poursuit également son plaidoyer pour une extension progressive de cette approche.

Au-delà de la synergie d’actions, quels autres défis rencontrez-vous ?

Le défi majeur est l’institutionnalisation effective des interventions. Il ne s’agit pas seulement de les évoquer, mais de les encadrer par des mesures contraignantes (décrets, arrêtés) pour obliger les autorités locales à les appliquer durablement. Sans ce cadre formel, les actions risquent de ne pas être pérennes. C’est pourquoi nous insistons sur le renforcement des politiques nationales avec des dispositifs concrets.

Un mot pour vos partenaires ?

Je tiens à remercier sincèrement l’ensemble des partenaires techniques et financiers, l’ANAN, les ministères sectoriels, les autorités communales, les ONG nationales partenaires, l’Association Nationale des Communes du Bénin, l’Alliance de la Société Civile pour l’Intensification de la Nutrition et la Fédération Nationale des Femmes Agricultrices du Bénin. Leur engagement a été déterminant. Aujourd’hui, les communes engagées ont formalisé leur engagement via des signatures des Maires pour améliorer les budgets alloués à la nutrition. Elles se distinguent par des efforts concrets en matière de financement, de mobilisation des ressources et de gestion des cantines scolaires, et constituent désormais des références. Sans cette mobilisation collective, aucun de ces résultats n’aurait été possible.

GA

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