Ces expatriés se comportent comme en territoire conquis au Bénin, avec la complicité de certaines autorités
Cotonou, carrefour de cultures et fier de son hospitalité légendaire, voit aujourd’hui son image entachée par des comportements indignes qui rappellent des heures sombres. Le restaurant Karim 24, situé à Cadjèhoun, en est devenu le symbole. Une cliente et son ami y ont été publiquement insultés et humiliés pour avoir simplement réclamé le service qui leur était dû. Cet incident n’est pas isolé : il révèle un racisme systémique qui prospère dans l’indifférence.
L’affaire remonte à dimanche dernier. Lors d’une commande de pizza, la cliente avait expressément demandé du piment, en refusant le ketchup. À la livraison, le piment manquait. La cliente a exprimé son mécontentement. L’employée a alors répondu avec une « arrogance » qui a enflammé les esprits, traitant les clients d' »impolis » devant un responsable blanc, resté passif. Cette escalade verbale est caractéristique d’un mépris profond.
Le scénario est révoltant dans sa banalité : une commande non respectée, des clients légitimement mécontents, et une réponse qui va du mépris à l’insulte. Plus grave encore, plusieurs témoignages concordants indiquent que ce traitement dégradant serait la norme envers la clientèle béninoise noire. À l’inverse, les clients étrangers – blancs en particulier – bénéficieraient de privilèges, comme des places réservées. La couleur de peau déterminerait ainsi la qualité de l’accueil, instaurant une ségrégation honteuse en plein cœur de Cotonou.
Cette discrimination semble sciemment entretenue par la direction de Karim 24, qui ferme les yeux, voire encourage ces pratiques, s’appuyant sur l’influence d’une communauté libanaise puissante et bien connectée. L’inaction complice de certaines autorités locales achève de créer un climat d’impunité, où certains expatriés se croient tout permis, comme en territoire conquis. Karim 24 fonctionne ainsi comme une enclave où la dignité des Béninois est bafouée en toute impunité.
Les conséquences d’un tel laisser-faire sont explosives. Ignorer ces humiliations, c’est attiser la colère. Une jeunesse béninoise, fière et éduquée, ne tolérera pas indéfiniment d’être traitée en citoyenne de seconde zone chez elle. Le risque de débordements violents est réel, et la responsabilité en incombera entièrement à ceux qui, aujourd’hui, refusent de faire appliquer la loi.
Face à ce mépris institutionnalisé, l’appel au boycott n’est plus une simple option, c’est un devoir civique. Chaque franc dépensé dans cet établissement finance l’humiliation. Il est urgent que la société béninoise tout entière – citoyens, médias, associations – se lève pour isoler ces pratiques.
Les autorités compétentes sont appelées à sortir de leur silence. Il ne s’agit plus de « vagues mesures », mais d’ouvrir une enquête immédiate et transparente, de prononcer des sanctions exemplaires contre les responsables, et d’envisager la fermeture administrative de l’établissement si les faits sont avérés.
Le restaurant Karim 24 n’est pas qu’un mauvais restaurant ; c’est un abcès moral qui empoisonne le vivre-ensemble. Son cas doit servir d’exemple : au Bénin, le racisme et le mépris des nationaux ne seront ni tolérés, ni oubliés, ni impunis. La dignité n’est pas négociable.
Affaire à suivre !
WM



