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Afrique Politique

Attaque meurtrière de Titao au Burkina après celles du Niger : Pourquoi les militaires de l’AES peinent à tenir leur promesse de sécurité ?

Samedi 14 février 2026. Titao, chef-lieu de la province du Loroum dans le nord du Burkina Faso, vit son pire cauchemar. Plusieurs centaines de terroristes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique déferlent sur la ville, détruisent le camp militaire, saccagent les installations téléphoniques et pillent les commerces. Une attaque d’une ampleur inédite depuis 2015. Le même jour, d’autres positions tombent à Tandjari et Bilanga, faisant une dizaine de morts parmi les soldats et leurs supplétifs civils.

Au Niger voisin, les attaques se multiplient également. Trois ans après l’arrivée des hommes forts de l’Alliance des États du Sahel (AES), la promesse de sécurité vacille. Pourquoi Ibrahim Traoré, Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani peinent-ils à tenir leur engagement le plus sacré ?

La promesse trahie : un lourd bilan humain

Quand les militaires ont pris le pouvoir au Burkina Faso, au Mali et au Niger, leur légitimité reposait sur un argument imparable : mettre fin à l’insécurité chronique qui ronge le Sahel. « Reconquérir le territoire », « rendre leur dignité aux populations », « en finir avec les terroristes » : les discours étaient martelés avec une vigueur nouvelle.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bilan contredit cruellement les ambitions affichées.

Le Burkina Faso, épicentre de la crise sécuritaire régionale, a vu la situation empirer sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré. Les chiffres donnent le vertige : sur les dizaines de milliers de victimes enregistrées depuis le début de la crise en 2015, plus de la moitié l’ont été au cours des trois dernières années. Une aggravation vertigineuse qui interroge sur l’efficacité de la stratégie mise en œuvre.

L’attaque de Titao n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une escalade inquiétante : Naré, Tandjari, Bilanga… Les positions militaires tombent les unes après les autres, les pertes humaines s’accumulent, et les « neutralisations de terroristes » brandies par les communicants officiels ne suffisent plus à masquer une réalité accablante : les groupes armés gagnent du terrain.

Une stratégie militaire en échec

Pourquoi les hommes forts de l’AES n’arrivent-ils pas à inverser la tendance ?

D’abord, parce que la réponse exclusivement sécuritaire montre ses limites. Depuis des années, la force est mise à l’épreuve sans produire d’effets probants. Pire, les attaques deviennent plus audacieuses, plus meurtrières et mieux coordonnées. L’assaut simultané du 14 février sur plusieurs localités burkinabè prouve que les groupes terroristes ont conservé, voire renforcé, leur capacité opérationnelle.

Ensuite, parce que le discours de souveraineté ne remplace pas une stratégie cohérente. La rupture avec la France, le rapprochement avec la Russie et la formation de l’AES ont satisfait une opinion publique en quête de fierté nationale retrouvée. Mais sur le terrain, les Wagner et autres supplétifs n’ont pas fait la différence. Les terroristes continuent de frapper, et les populations continuent de mourir.

Enfin, parce que l’ennemi prospère sur un terreau que la guerre seule ne peut assécher. Les groupes affiliés à Al-Qaïda et à Daesh tirent profit du vide institutionnel, des frustrations locales et des ingérences étrangères. Sans réconciliation avec les communautés, sans politique de développement volontariste, l’hydre terroriste renaît sans cesse de ses cendres.

Tiani, Traoré, Goïta : même combat, même impasse

À Niamey, Ouagadougou et Bamako, le constat est similaire. Le général Abdourahamane Tiani fait face à une recrudescence des attaques dans la région des trois frontières. Le général Assimi Goïta, qui avait promis de « sécuriser l’ensemble du territoire malien », voit les groupes armés défier régulièrement l’armée. Le capitaine Ibrahim Traoré, lui, assiste impuissant à l’embrasement de son pays.

Les trois hommes partagent un même logiciel : la fermeté militaire, le rejet des partenaires traditionnels, la quête de nouveaux alliés. Mais ils partagent aussi une même impasse : l’incapacité à protéger les populations.

Le discours officiel reste inchangé : « la situation est sous contrôle », « des dizaines de terroristes ont été neutralisés ». Mais comment parler de victoire quand des villes entières sont attaquées, quand des bases militaires sont saccagées, quand les assaillants n’évacuent les lieux que le lendemain de leur offensive ?

L’urgence d’un sursaut

Titao doit servir d’électrochoc. Les dirigeants de l’AES doivent accepter de repenser leur stratégie avant qu’il ne soit trop tard.

Continuer à miser uniquement sur le tout-sécuritaire, c’est prendre le risque de s’enfoncer davantage dans une spirale de violences dont personne ne sortira vainqueur. Les ingérences étrangères, dénoncées à juste titre, continueront de tirer profit d’un conflit sans fin.

La sécurité ne se décrète pas, elle se construit. Avec les populations, par le dialogue et le développement. Tiani, Traoré et Goïta ont conquis le pouvoir au nom de la sécurité. Ils doivent désormais avoir le courage de reconnaître que leur stratégie a échoué et d’emprunter d’autres voies.

L’alternative est simple : soit ils acceptent de repenser leur approche en intégrant réconciliation et développement, soit ils continueront à endeuiller des populations qui n’aspirent qu’à une chose : vivre en paix.

Le Sahel mérite mieux que des promesses non tenues. Il mérite une vision à la hauteur des défis.

WM

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