(La communication de l’AES à l’épreuve des réalités du terrain)
Alors que les relations entre Bamako et Nouakchott traversaient une zone de fortes turbulences, les deux capitales affichent désormais une volonté de « renforcer leur coopération ». Cependant, derrière ce dégel diplomatique de façade, une affaire d’évasion militaire montée de toutes pièces jette une ombre sur la communication officielle malienne.
Un scénario officiel mis à mal
Le dimanche 16 mars, les autorités maliennes annonçaient avec satisfaction une prétendue prouesse héroïque : deux militaires maliens, otages du groupe djihadiste Jnim depuis octobre 2025, ainsi que le préfet de Dioïla, auraient réussi à s’échapper de leurs lieux de détention respectifs au cours de la même nuit.
Bamako affirmait alors que les deux soldats s’étaient enfuis d’un camp de réfugiés situé en territoire mauritanien. Une accusation grave qui a immédiatement fait réagir Nouakchott, dénonçant des allégations « sans la moindre preuve » et « infondées ». Selon une enquête de RFI, le récit de cette évasion héroïque ne résiste pas aux faits. Les témoignages recueillis auprès de sources sécuritaires et de notabilités locales dressent un tableau bien différent :
• Le lieu de détention : les soldats n’auraient jamais quitté le sol malien. Ils étaient détenus dans la forêt du Wagadou, une zone refuge historique des groupes armés, située à environ 30 kilomètres de la frontière.
• La transaction : ce n’est ni la force ni l’astuce qui a libéré les otages, mais l’argent. Le Jnim aurait contacté les familles via des intermédiaires.
• Le montant : les chiffres oscillent entre 5 et 15 millions de francs CFA versés pour la libération conjointe des militaires et du préfet.
Selon une source sécuritaire, « les deux soldats otages n’ont pas réussi à s’échapper : ils ont été libérés par leurs ravisseurs en échange d’une rançon ».
Une mise en scène aux frontières
Pour crédibiliser la thèse de l’évasion, une « simulation » aurait été organisée. Les captifs ont été conduits près de la frontière mauritanienne, à proximité de L’Mahale, avant d’être récupérés par un « facilitateur » à moto pour être remis aux autorités maliennes à Goundam. Cette manœuvre semble avoir eu un double objectif : glorifier l’armée malienne tout en exerçant une pression diplomatique sur la Mauritanie, accusée par Bamako de passivité face aux groupes armés.
Jean De Dieu TRINNOU



