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Politique

Présidentielle 2026/Portrait/Porto-Novo : L’homme qui se souvient

Il aurait pu traiter Porto-Novo comme une étape. Il l’a traitée comme un retour. Derrière le ministre de l’Économie, derrière le candidat de la majorité, derrière le technocrate aux chiffres précis, il y a un enfant qui a passé ses vacances ici. Et ce vendredi 3 avril 2026, la ville l’a vu.

Il y a une chose que les campagnes électorales produisent rarement : les moments vrais. Les moments où le candidat cesse d’être une construction et redevient un homme. Où la distance entre la scène et le public s’efface, où quelque chose de simple et de réel passe d’une personne à une foule. Romuald Wadagni a eu l’un de ces moments vendredi au stade Charles de Gaulle, devant des milliers de Porto-Noviens massés sous le soleil de l’après-midi.

Il a parlé de son oncle. De Porto-Novo comme lieu de vacances. De la joie particulière des enfants qui quittent la maison pour quelques semaines et découvrent le monde à travers le prisme d’une autre famille, d’une autre rue, d’une autre ville. Ce n’était pas dans les notes de discours. C’était dans la mémoire. Et la foule, qui sait distinguer ce qui vient du papier de ce qui vient de la vie, l’a entendu différemment.

Un technocrate à l’épreuve des visages
Romuald Wadagni a cinquante ans. Il a passé une décennie à piloter les finances d’un pays – discipline qui forme à la rigueur et expose peu aux foules. Son univers naturel, c’est celui des colonnes de chiffres, des réunions de bailleurs, des négociations avec le FMI et la Banque mondiale, des arbitrages budgétaires que peu de gens comprennent et dont tout le monde subit les conséquences. C’est un homme à l’aise dans la complexité technique. Mais ce que cette campagne à Porto-Novo a révélé, c’est autre chose : la capacité à se défaire de l’armure du ministre pour parler en homme.

La transition n’est pas toujours évidente pour des profils de cette nature. Beaucoup de technocrates arrivés en politique gardent toute leur carrière ce léger décalage avec la chaleur des foules, cette rigidité imperceptible qui sépare ceux qui ont été formés aux couloirs des ministères de ceux qui ont été formés aux places publiques. Wadagni, lui, ne l’a pas. Ou il a appris à ne pas l’avoir. Dans l’un ou l’autre cas, vendredi, ça marchait.

Houngbédji, Da Silva : le poids des aînés
Il faut vivre à Porto-Novo pour comprendre ce que représente un soutien d’Adrien Houngbédji. L’homme n’est pas simplement une personnalité politique nationale. C’est une institution locale. Ses prises de position dans la ville ont la valeur d’un arbitrage. Quand il désigne quelqu’un, les débats s’arrêtent. Pas par discipline aveugle – par respect pour une parole qui a été longtemps fiable.

Ce vendredi, le Doyen s’est levé et a dit à Porto-Novo : c’est cet homme-là qu’il vous faut. Il l’a dit avec l’éclat d’une formule qui restera : « Peuple de Porto-Novo, voici votre président… » Pas une recommandation. Une désignation. La différence est entière.

Urbain Karim Da Silva a complété ce tableau avec la sobriété de ceux qui n’ont plus rien à prouver. Sa présence était déjà un discours. Sa prise de parole en faveur de Wadagni l’a transformée en engagement. Dans une ville où le respect des aînés n’est pas une formule de politesse mais une pratique quotidienne, cet alignement intergénérationnel entre deux figures que Porto-Novo vénère avait quelque chose de rare et de concluant.

Le projet et l’homme derrière le projet
Romuald Wadagni n’est pas venu les mains vides. Il a annoncé pour Porto-Novo un programme ambitieux, articulé autour d’engagements concrets et vérifiables. La modernisation du stade Charles de Gaulle à des normes internationales. Le développement économique de la région. Des infrastructures qui feront de la capitale politique du Bénin un pôle d’attraction régional à la mesure de son histoire et de son potentiel. Les plans, dit-il, existent déjà. Les décisions ont déjà été prises. Ce qui reste à faire, c’est de franchir ensemble le pas que le scrutin du 12 avril rend possible.

Mais ce que Porto-Novo a retenu de plus profond, ce vendredi, n’est peut-être pas le projet. C’est l’homme. Cet homme qui se souvient. Qui n’a pas besoin de consulter une fiche pour parler de la ville parce que la ville lui appartient un peu, qu’il y a laissé une partie de son enfance, que dans ses valises d’adulte il transporte encore les étés passés ici chez son oncle, la chaleur de ce temps-là, la liberté particulière des vacances en famille.

Ce lien-là, Porto-Novo l’a senti. Et elle n’a pas l’habitude de se tromper sur ce genre de choses.

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