(Son bilan sur le plan du développement économique en dit long)
« Je pars avec le sentiment d’un devoir accompli. […] Aujourd’hui, quelle que soit l’issue du vote, nous saurons tous que le Bénin a franchi un cap dans son histoire. » C’est par ces mots, empreints d’une gravité sereine, que le chef de l’État sortant, Patrice Talon, a résumé son quinquennat, ce dimanche 12 avril, après avoir glissé son bulletin dans l’urne à l’École primaire publique Charles Guillot de Cotonou.
Derrière la formule policée se cache une réalité politique rare en Afrique : un dirigeant qui, malgré les pressions, les suppliques et les appels du pied, s’en tient à sa parole et quitte volontairement le pouvoir à l’issue de son second mandat.
La tentation du « encore un peu » : il a résisté à tout
Dans une sous-région où de nombreux présidents ont modifié leur Constitution pour s’offrir un troisième, voire un quatrième mandat, Patrice Talon aura fait figure d’exception.
Une résistance face aux appels à « rester un peu plus » venant de tout bord – chefs d’États voisins, cadres de son propre camp, et jusqu’à une partie de la société civile, reconnaissante pour les réformes engagées. Sur le terrain, une partie du peuple béninois, séduite par les infrastructures nouvelles et le dynamisme économique, ne cachait pas son souhait de le voir poursuivre l’œuvre entamée.
Mais Talon est resté « têtu dans sa conviction », comme le soufflent ses proches. Il n’a pas cédé à l’invite des collègues chefs d’État qui s’éternisent au pouvoir. Il n’a pas non plus succombé à « l’appel du peuple béninois » qui, dans sa ferveur, dépassait pourtant tout le monde. Pourquoi ? Parce que, pour lui, une promesse est une promesse.
Talon comme Mandela, mais en mieux ?
Le parallèle avec Nelson Mandela vient naturellement. Lui aussi, adulé, aimé au point de « pouvoir rester 100 ans », a choisi de ne faire qu’un seul mandat pour laisser une trace morale indélébile. Lui aussi a préféré incarner l’exemple plutôt que la prolongation.
Mais là où Mandela avait trouvé une Afrique du Sud déjà développée – infrastructures solides, économie industrialisée, institutions rodées –, Patrice Talon a hérité d’un Bénin exsangue, endetté, marqué par des décennies de sous-investissement.
Mandela a fait la cohésion. Talon a fait la cohésion et le développement économique.
Son bilan économique en dix ans : le chiffre qui parle
Sur le plan du développement économique, les résultats sont là, tangibles, mesurables. En dix ans (deux mandats), le Bénin a connu une transformation structurelle rarement vue en Afrique de l’Ouest :
• Port autonome de Cotonou : modernisé, compétitif, devenu un hub régional.
• Zone industrielle de Glo-Djigbé : des milliers d’emplois directs, une intégration dans les chaînes de valeur mondiales.
• Énergie : fin des coupures à répétition, autosuffisance en vue.
• Digitalisation : de l’administration fiscale aux services publics, la révolution numérique est en marche.
• Agriculture : transformation locale du coton, du riz, de l’ananas, du cajou, du soja – avec des labels d’exportation.
Le PIB a crû à un rythme soutenu, les investissements directs étrangers ont afflué, et le Bénin a gagné en crédibilité auprès des institutions financières internationales. « Son résultat, son bilan sur le plan du développement économique en dit long », résument les observateurs.
Un cap franchi pour le Bénin
Quel que soit le nom du prochain président, une chose est acquise : le Bénin a changé de dimension. La paix sociale, la stabilité macroéconomique, les infrastructures – tout cela ne s’efface pas en un jour.
En refusant de banaliser l’alternance, Patrice Talon a peut-être offert à son pays le plus beau des cadeaux post-mandat : la preuve qu’on peut quitter le pouvoir par choix, par conviction, et en mieux que quand on y est entré.
« Nous saurons tous que le Bénin a franchi un cap dans son histoire », a-t-il dit. Ce cap, c’est celui de la maturité démocratique. Et Talon, à sa manière, en aura été l’un des principaux architectes.
Akkkilou YACOUBOU



