L’Assemblée nationale française a adopté à l’unanimité, lundi 13 avril 2026, une loi historique permettant la restitution des biens culturels pillés pendant la période coloniale. Désormais, plus besoin d’une loi spécifique à chaque objet : un simple avis d’un comité scientifique suffira. Une avancée majeure qui doit beaucoup, selon plusieurs observateurs, au précédent créé par le Bénin et le président Patrice Talon avec la restitution des 26 trésors royaux d’Abomey en 2021.
Par un vote rare de consensus – 170 voix pour, zéro contre – la France s’est dotée d’un cadre juridique général pour rendre aux anciennes colonies leurs œuvres d’art spoliées. Jusqu’alors, chaque restitution exigeait une loi sur mesure, un processus long et complexe qui décourageait de nombreuses demandes. Désormais, un comité scientifique composé de chercheurs français et originaires des pays concernés pourra valider le retour des biens culturels pillés entre 1815 et 1972.

La ministre de la Culture : « Une nouvelle page de notre Histoire »
Catherine Pégard, récemment nommée ministre française de la Culture, s’est réjouie de ce texte « attendu dans le monde entier ». « Cette loi ouvre une nouvelle page de notre Histoire », a-t-elle déclaré, rappelant la promesse d’Emmanuel Macron faite dès le début de son premier mandat, devant la jeunesse burkinabè à Ouagadougou.
Le chef de l’État français avait alors amorcé une réflexion inédite sur la restitution du patrimoine africain, aboutissant au rapport Savoy-Sarr (2018) qui préconisait un retour massif des œuvres. C’est dans ce sillage que le Bénin, sous la présidence de Patrice Talon, avait engagé des négociations exemplaires.
Quand le Bénin montrait la voie avec les 26 trésors d’Abomey
En novembre 2021, la France restituait au Bénin 26 trésors royaux pillés en 1892 par les troupes coloniales du colonel Dodds. Statues, sceptres, portes et trônes du royaume d’Abomey retrouvaient leur terre d’origine, suscitant une émotion considérable en Afrique et au-delà. Ce geste, salué comme un précédent historique, fut le fruit d’un dialogue constant entre Patrice Talon et Emmanuel Macron, doublé d’une volonté politique ferme du président béninois.
Loin d’être anecdotique, la restitution béninoise a démontré qu’un retour d’œuvres spoliées était possible, techniquement et diplomatiquement. Elle a aussi mis une pression positive sur les autres pays européens détenteurs de biens culturels africains. « Ce que le Bénin a obtenu est un modèle. Si la France adopte aujourd’hui une loi générale, c’est parce que le cas béninois a prouvé l’urgence et la faisabilité », analyse un observateur des relations franco-africaines.
Une loi imparfaite mais saluée
Malgré le vote unanime, des divergences persistent. Le Rassemblement national (Jordan Bardella) refuse que la loi serve une « politique de repentance » et exclut de facto les trophées de guerre (comme le canon Baba Merzoug réclamé par l’Algérie). La France insoumise (Jean-Luc Mélenchon) regrette l’absence des collections privées et le cadrage temporel (1815-1972). Quant aux écologistes, par la voix de Sophie Taillé-Polian, ils déplorent que le mot « colonisation » n’apparaisse pas dans le texte, y voyant « une forme de déni ».
Pour l’élue écologiste, qui a obtenu l’inscription d’un recensement annuel des œuvres litigieuses, « il faut appeler un chat un chat : spoliation, pillage, violation de peuples entiers. Nommer les choses, c’est mieux les comprendre ».
Une dynamique désormais irréversible
Avec cette loi, la France offre un levier juridique clair aux pays africains désireux de reconstituer leur patrimoine. Le Bénin, pionnier en la matière, pourrait à nouveau bénéficier de ce nouveau cadre pour d’autres demandes. D’autres nations – Sénégal, Côte d’Ivoire, Madagascar, Algérie – sont déjà en ordre de marche.
En ouvrant cette brèche, Patrice Talon n’a pas seulement récupéré les âmes des rois d’Abomey. Il a aussi, sans doute, contribué à faire basculer l’Europe dans une ère nouvelle, celle de la justice patrimoniale.



