Vers une résolution historique à l’ONU
Le Togo va porter plainte… cartographiquement parlant. Le pays a été chargé par l’Union africaine de mener une campagne devant les Nations unies pour remplacer la célèbre projection Mercator, vieille de près de cinq siècles, par une carte plus fidèle à la réalité des superficies. L’objectif : corriger une déformation historique qui réduit considérablement la taille de l’Afrique.
Utilisée dans l’immense majorité des planisphères, la projection Mercator a été conçue en 1569 par le géographe flamand Gérard Mercator. Si elle est parfaite pour la navigation maritime — elle conserve les angles et permet de tracer des caps rectilignes —, elle présente un défaut majeur : elle agrandit les territoires situés près des pôles et réduit proportionnellement ceux proches de l’équateur.
Une Afrique 14 fois plus petite que le Groenland… sur la carte
Résultat : le Groenland, qui couvre en réalité 2,16 millions de kilomètres carrés, y apparaît aussi vaste que l’Afrique, un continent de plus de 30 millions de kilomètres carrés. Sur une carte Mercator, l’Afrique paraît ainsi dérisoire face à l’Amérique du Nord, l’Europe ou la Russie, qui bénéficient d’une représentation « dopée ».
Pour les défenseurs de ce combat cartographique, cette distorsion n’est pas neutre. Elle entretient, selon eux, un regard biaisé sur l’importance géopolitique et économique des pays du Sud, notamment du continent africain.
La carte « Equal Earth » comme alternative
L’Union africaine a donc mandaté le Togo pour mener une campagne diplomatique visant à faire adopter une résolution à l’Assemblée générale des Nations unies. L’objectif est de mettre fin à l’utilisation de la projection Mercator par les gouvernements et les organisations internationales, et de promouvoir une alternative plus équitable : la projection Equal Earth (« Terre équitable »).
Cette carte, plus arrondie au niveau des pôles, épouse davantage la forme sphérique de la Terre. Surtout, elle respecte les superficies réelles des territoires, sans avantager les régions septentrionales.
Un vote attendu en septembre 2026
Le projet de résolution est actuellement en cours de préparation. Le vote pourrait avoir lieu lors de la prochaine Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2026. Le ministre togolais des Affaires étrangères a affirmé que cette initiative permettra de « révéler la véritable nature des pays ».
Une manière, pour le Togo et l’Union africaine, de rappeler que la carte du monde n’est pas seulement un outil technique : c’est aussi un reflet — parfois trompeur — des rapports de force et des imaginaires collectifs.



