Lundi 27 avril 2026, 10 heures. La salle de réunion de la mairie de Cotonou affiche complet. À l’appel des cinq organisations syndicales, une large majorité des 825 agents de l’administration communale a répondu présent. Face à eux, leur nouveau maire, Luc Gnacadja. Plus qu’une simple rencontre, cette assemblée générale s’annonçait comme un moment de vérité : celui du premier face-à-face direct entre le nouvel exécutif municipal et l’ensemble du personnel.

Depuis son installation, il y a un peu plus de deux mois, le maire a adopté une posture d’observation active. Visites de terrain, immersion dans les services, échanges avec les responsables administratifs : il a pris le temps de comprendre les rouages de l’institution. Mais cette rencontre marquait un tournant. Il ne s’agissait plus seulement d’écouter, mais de convaincre, d’embarquer et de donner une direction claire.

Pendant près de quarante-cinq minutes, Luc Gnacadja a exposé sa vision avec méthode et pédagogie. Au cœur de son propos : la transformation de la ville et de son administration, avec une ambition assumée – faire « changer d’échelle » à Cotonou à l’horizon 2030. Une ambition qui repose sur une administration plus performante, plus responsable et résolument tournée vers les résultats.
Le ton, direct mais rassembleur, a visiblement trouvé un écho dans la salle. En posant les termes du défi – « un nouveau défi, peut-être une pierre d’achoppement ou un marchepied » – le maire a su interpeller les agents sur leur rôle individuel et collectif dans cette transformation. Ce discours de responsabilisation, loin d’être perçu comme une injonction, a été accueilli comme une invitation à prendre part à un projet plus large.
Parmi les éléments de réussite de cette rencontre, on note d’abord la clarté du cap fixé. Les agents ont salué un discours structuré, sans ambiguïté, qui tranche avec certaines habitudes de communication plus diffuses. Ensuite, la reconnaissance implicite de leur rôle : en affirmant que la réussite du mandat dépendra en grande partie de l’administration, le maire a repositionné les agents comme des acteurs centraux du changement.
Mais au-delà de cette adhésion initiale, des questionnements légitimes ont émergé. Car derrière la vision, se posent des enjeux très concrets pour le personnel.
La première préoccupation concerne les carrières. Dans une logique de gestion axée sur les résultats, quels seront les critères d’évaluation ? Comment seront reconnues les performances individuelles et collectives ? « Par les indicateurs clés de transformation qui seront précisés dans vos lettres de mission », a rassuré le maire.

Les conditions de travail constituent un autre point d’attention. La recherche d’efficacité et de performance pourrait-elle se traduire par une intensification des charges de travail ? Les moyens matériels et logistiques suivront-ils cette nouvelle exigence ? Sur ce point, plusieurs interventions ont souligné la nécessité d’un accompagnement réel, notamment en termes de formation et d’équipement.
Enfin, la nouvelle méthode de gouvernance, plus exigeante en matière de redevabilité, suscite à la fois de l’intérêt et une certaine prudence. Si beaucoup reconnaissent la nécessité de moderniser les pratiques, certains redoutent une transition trop rapide ou insuffisamment concertée. La culture administrative, construite sur des années de fonctionnement, ne se transforme pas du jour au lendemain.
Face à ces préoccupations, le maire a tenté d’apporter des éléments de réponse, en insistant sur une approche progressive, mais sans concession : « ça va parfois secouer », prévient-il. Il a notamment évoqué la nécessité de bâtir une administration plus agile, mais aussi plus équitable, où les efforts sont reconnus et les responsabilités clairement établies.
Au final, cette assemblée générale apparaît comme un moment fondateur. Elle n’a pas levé toutes les interrogations – et ce n’était sans doute pas son objectif – mais elle a au moins permis d’instaurer un premier niveau de confiance et de poser les bases d’un dialogue renouvelé.
Entre adhésion à la vision et attentes concrètes, les agents de la mairie de Cotonou semblent prêts à observer, à tester, et, pour beaucoup, à s’engager. Le défi est désormais collectif : transformer l’intention en action, et faire de cette dynamique naissante un véritable levier de changement.
Si cette première rencontre était un test, alors il est raisonnable de dire qu’il est réussi. Reste maintenant l’essentiel : tenir dans la durée. Et à ce jeu-là, tout porte à croire que la partie ne fait que commencer – avec, cette fois, une administration mobilisée et consciente des enjeux.
AY



