Un cap est officiellement fixé pour le Bénin des dix prochaines années. Réuni mercredi en Conseil des ministres sous la double présidence du chef de l’État sortant, Patrice Talon, et du président élu, Romuald Wadagni, le gouvernement a adopté le Plan National de Développement (PND) 2026-2035.
Ce document massif, premier du genre à l’échelle d’une décennie, ne se contente pas de succéder aux programmations antérieures. Il constitue l’opérateur de la Vision nationale « Bénin 2060 Alafia, Un Monde de Splendeurs ». Pour Patrice Talon, il s’agit de léguer à son successeur bien plus qu’un simple rapport : « une trajectoire nationale déjà structurée », avec des objectifs chiffrés, des indicateurs de suivi et une logique de transformation durable.
Une transmission pensée dans la continuité de l’État
Le symbole est politique, mais aussi institutionnel. En co-présidant cette session, Patrice Talon et Romuald Wadagni ont voulu marquer la continuité des réformes engagées depuis 2016. L’ambition affichée est claire : sortir de la phase de modernisation accélérée pour entrer dans un cycle de développement structurel, fondé sur la productivité, l’industrialisation et la qualité de la gouvernance.
L’architecture du plan porte la patte de deux poids lourds du gouvernement. Le pilotage stratégique a été assuré par le Ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané. À ses côtés, Romuald Wadagni, alors ministre de l’Économie et des Finances, a joué un rôle clé sur la soutenabilité budgétaire. Résultat : un président élu qui hérite aujourd’hui d’un outil de gouvernance… dont il fut l’un des principaux architectes.
Trois piliers et des objectifs chiffrés ambitieux
Articulé autour de 17 axes prioritaires, le PND 2026-2035 s’organise en trois grands domaines stratégiques : la transformation économique, le développement du capital humain, et la modernisation des institutions.
Sur le front économique, le pari est osé : atteindre une croissance moyenne de 7 % sur la décennie. La cible repose sur l’industrie (plus de 21 % du PIB), les infrastructures, le numérique, l’énergie et le tourisme. L’objectif est de bâtir une économie compétitive, moins dépendante de l’informel et plus créatrice de valeur locale.
Lutte contre la pauvreté et révolution de la formation
Le volet social se veut percutant. Le gouvernement vise une réduction de la pauvreté monétaire de 38,5 % à 21,9 % d’ici 2035, accompagnée d’une baisse des inégalités (indice de Gini à 0,30). L’espérance de vie devrait dépasser les 70 ans.
Mais l’annonce la plus marquante concerne la jeunesse. Le PND prévoit de faire passer la proportion d’apprenants dans l’enseignement technique et professionnel de 7 % à 70 %. Un renversement massif destiné à lutter contre le sous-emploi et à garantir des emplois décents aux nouvelles générations.
Infrastructures, sécurité et rayonnement international
Le texte ambitionne aussi un meilleur maillage du territoire en zones économiques, une résilience alimentaire et sécuritaire renforcée, ainsi qu’une progression décisive dans les classements internationaux (paix, liberté de la presse, compétitivité). Sur le plan culturel, le Bénin espère doubler le nombre de ses sites classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Un financement basé sur la crédibilité acquise
Reste la question du financement. Pour soutenir cette décennie ambitieuse, l’exécutif compte sur la crédibilité financière gagnée ces dernières années : discipline budgétaire, élargissement de l’assiette fiscale et partenariats renforcés avec les bailleurs.
En résumé : avec ce PND 2026-2035, le Bénin ne change pas seulement de président. Il change de cycle. D’un État réformateur, il veut passer à un État bâtisseur de long terme, où la continuité l’emporte sur les ruptures politiques. Entre héritage structuré pour Talon et outil sur mesure pour Wadagni, le pari est désormais sur la table.
WM



