« Allez lire et instruisez-vous davantage »
La polémique autour de la spiritualité Vodoun continue de susciter de vives réactions au Bénin. Quelques jours après une conférence au cours de laquelle un prêtre catholique a tenu des propos critiques à l’égard du Vodoun, le professeur d’université Kakpo Mahougnon est sorti de sa réserve pour apporter une réplique ferme et sans détour.
Face à des journalistes réunis dans le cadre d’une activité de sensibilisation sur les fondements de la religion endogène, l’universitaire a dénoncé ce qu’il considère comme une méconnaissance profonde du Vodoun de la part de certains intervenants qui s’expriment sur le sujet.
Pour le professeur Kakpo Mahougnon, les affirmations récemment faites par le religieux catholique relèvent davantage de préjugés que d’une analyse fondée sur des connaissances sérieuses de la spiritualité africaine. Il a notamment qualifié certains propos entendus de « culture fâcheuse » et d’« hérésie intellectuelle ».
Selon lui, le Vodoun est avant tout un humanisme porteur de valeurs de paix, de respect de la vie et de cohésion sociale. Il estime que cette religion a longtemps souffert de caricatures héritées de la période coloniale et de certains discours missionnaires qui ont contribué à véhiculer une image déformée de ses principes fondamentaux.
« Les journalistes ont compris que le Vodoun, en réalité, est un humanisme qui proscrit la mort », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de déconstruire les stéréotypes et les idées reçues qui entourent encore cette spiritualité.
L’universitaire n’a pas caché son agacement en évoquant les déclarations du prêtre catholique. Faisant référence à ses travaux de recherche et à ses publications académiques, il a regretté que certains critiques s’expriment sans avoir pris le temps de consulter les ouvrages spécialisés sur le sujet.
« J’ai entendu ce prêtre parler du Fâ et de son arrivée dans le royaume. J’ai compris qu’il n’a pas lu mon ouvrage intitulé « La théologie du Vodoun ». Il n’a qu’à aller le lire et il va s’instruire davantage », a lancé le professeur.
Fort de son parcours universitaire, Kakpo Mahougnon a rappelé qu’il évolue depuis plus d’une décennie au plus haut grade de l’enseignement supérieur. Selon lui, ses recherches et ses enseignements constituent des références susceptibles d’éclairer toute personne désireuse de mieux comprendre les fondements du Vodoun.
Dans une sortie particulièrement remarquée, il a invité le religieux à privilégier l’étude et la connaissance plutôt que les jugements qu’il estime infondés. « Il n’a qu’à aller à cette école-là plutôt que de continuer d’insulter la religion des gens », a-t-il conclu.
Cette nouvelle passe d’armes relance le débat sur la place des religions endogènes dans l’espace public béninois et sur la nécessité d’un dialogue fondé sur la connaissance mutuelle, le respect des croyances et la compréhension des différentes traditions spirituelles qui composent le patrimoine culturel du pays.
Arnaud KOUMONDJI



