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Société

Affaire Dangnivo : la justice saura-t-elle faire toute la lumière ?

(Un procès de onze ans, des réquisitions fermes et des zones d’ombre persistantes)

Le procès de l’assassinat de Pierre Urbain Dangnivo, instruit depuis 2015, a franchi une étape cruciale ce mercredi 15 juillet 2026 au cours d’une audience marquée par les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats de la partie civile. Les débats se poursuivent ce jeudi avec les interventions de la défense.

Le parquet réclame une peine lourde contre Codjo Alofa
Devant la cour, le procureur Olushègun Tidjani Serpos a requis, au nom du ministère public, une peine de trente ans de réclusion criminelle à l’encontre de Codjo Alofa, principal mis en cause. Il a également sollicité une indemnisation de 150 millions de francs CFA pour couvrir les préjudices moral, financier et matériel subis par la famille de la victime.
Le magistrat a longuement détaillé le rôle central qu’aurait joué Alofa dans l’organisation du meurtre. Selon lui, la victime a été acheminée au domicile de l’accusé où elle aurait été droguée avant d’être livrée à ses bourreaux. « Pierre Urbain Dangnivo est mort dans le lit d’Alofa, de la main de bourreaux auxquels Alofa l’a livré », a-t-il martelé, ajoutant que les faits se seraient déroulés en présence de l’accusé.

Des circonstances aggravantes et un profil psychologique accablant
Le représentant du parquet a également mis en avant la sauvagerie des actes commis. Le rapport d’autopsie, daté du 29 septembre 2010, fait état d’un crâne fracassé à l’aide d’un objet contondant et du prélèvement de plusieurs organes : la langue, le cœur, une oreille et les parties génitales. Ces éléments constituent, selon lui, une circonstance aggravante.

Dressant le profil du principal accusé, le procureur l’a qualifié de « psychopathe, amateur d’argent facile, à l’esprit vif et calculateur, avec une absence absolue d’empathie, de remords et de culpabilité ». Il a soutenu qu’Alofa était « le fermoir qui relie les maillons de la chaîne », sans qui le destin de Dangnivo aurait été tout autre. Le ministère public a demandé la requalification des faits d’assassinat en complicité de meurtre.

Le second accusé épargné par les réquisitions

À l’inverse, Donatien Amoussou, le second prévenu, a bénéficié d’une position plus clémente du parquet. Le procureur a estimé qu’ « aucun élément objectif du dossier ne le relie à la mort de Pierre Urbain Dangnivo », bien que sa cupidité ait été relevée. En revanche, Amoussou est poursuivi pour avoir escroqué la somme de 500 000 francs CFA au colonel Séverin Koumasségbo, ancien chef de la sécurité personnelle de l’ex-président Boni Yayi. Le ministère public a requis à son encontre une peine de soixante mois de prison ferme.

La défense obtient un délai pour préparer sa plaidoirie
La demande de requalification des faits formulée par le parquet a conduit les avocats de la défense à solliciter un report. Ils ont obtenu un délai de vingt-quatre heures pour réajuster leur argumentation, contrairement aux quarante-huit heures initialement demandées. Les débats reprendront ce jeudi avec leurs plaidoiries.

La partie civile dénonce des zones d’ombre et une justice aux abonnés absents
Avant les réquisitions, les conseils de la famille Dangnivo ont tour à tour pris la parole. Me Fifa Zinzindohoué a pointé de nombreuses incohérences dans le dossier, s’interrogeant notamment sur l’identité du corps examiné. « Entre le corps exhumé à Womey, celui scellé dans des conditions peu orthodoxes et celui qui se trouve à la morgue Prosci, qui peut nous dire qu’il s’agit bien du corps de Pierre Urbain Dangnivo ? », a-t-il lancé. Il a également relevé l’incompatibilité entre la thèse de l’administration de valium et celle d’un coup violent porté à la victime. Pour lui, la justice ne devrait pas statuer tant que persistent d’aussi graves zones d’ombre.
Me Olga Anassidé a pour sa part affirmé que « ce dossier a été solidement noué pour ne pas être facilement dénoué ». Elle a dénoncé une justice qui « se détourne pour ne pas voir » et a soulevé plusieurs questions restées sans réponse, notamment la mystérieuse circulation du téléphone de la victime entre les mains du chef de la sécurité personnelle du chef de l’État de l’époque.
Selon elle, la famille Dangnivo ne réclame ni vengeance ni privilège, mais uniquement la vérité. « La famille ne réclame rien devant vous. Elle ne réclame surtout pas les restes de qui l’on ne sait pas, gardés à la morgue », a-t-elle conclu.

L’audience se poursuit ce jeudi 16 juillet avec les plaidoiries de la défense.

WM

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