Le CENTIF donne l’alerte
La criminalité financière change de visage au Bénin. Longtemps dominés par les circuits traditionnels, les réseaux de blanchiment d’argent exploitent désormais les nouvelles technologies, les services financiers numériques et les terminaux de paiement électronique (TPE) pour dissimuler l’origine de leurs fonds. C’est l’un des principaux constats du rapport annuel 2025 de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), qui met en lumière une mutation profonde des pratiques criminelles.
Selon le rapport, l’escroquerie et la cybercriminalité constituent désormais les principales infractions à l’origine des opérations financières suspectes. À elles seules, elles représentent 35,2 % des dossiers traités par la CENTIF en 2025, devant la fraude fiscale, qui concentre 23,3 % des cas. Une évolution qui confirme l’essor d’une criminalité de plus en plus numérique, organisée et souvent connectée à des réseaux transnationaux.
Cette transformation se reflète également dans le volume des signalements. En 2025, la CENTIF a reçu 529 déclarations d’opérations suspectes, contre 510 en 2024 et 443 en 2023, traduisant une progression constante de l’activité de veille financière.
Parmi les dossiers enregistrés, 186 concernent des faits d’escroquerie ou de cybercriminalité, loin devant les 123 affaires de fraude fiscale. Les infractions liées aux jeux de hasard et aux mouvements d’espèces d’origine douteuse totalisent 99 dossiers, tandis que 76 affaires concernent la corruption, la fraude ou encore les abus de biens sociaux.
Le rapport révèle également une tendance marquante : si 85,8 % des personnes signalées sont des personnes physiques, ce sont les personnes morales qui concentrent près de 83 % de la valeur financière des opérations suspectes. Ce constat laisse penser que les flux financiers les plus importants transitent essentiellement par des entreprises ou des structures juridiques servant parfois à masquer l’origine des fonds.
Dans cette lutte contre le blanchiment, les banques demeurent les premiers remparts. Elles sont à l’origine de 449 déclarations, soit près de 85 % des signalements enregistrés par la CENTIF. Elles sont appuyées par les établissements de monnaie électronique, les systèmes financiers décentralisés, les compagnies d’assurance, les notaires ainsi que les opérateurs de jeux.
Malgré cette mobilisation, la CENTIF relève que la qualité des déclarations reste perfectible. Plus d’un quart des signalements, soit 25,3 %, comportent des insuffisances qui compliquent les investigations et ralentissent l’exploitation du renseignement financier.
Face à des réseaux criminels toujours plus sophistiqués, l’institution poursuit le renforcement de ses capacités d’investigation. En 2025, elle a connecté ses systèmes d’analyse à plusieurs bases de données stratégiques, notamment celles de l’Agence nationale d’identification des personnes (ANIP), de l’Agence de promotion des investissements et des exportations (APIEx) et de la Direction générale des Impôts. Cette interconnexion permet d’accélérer les recoupements d’informations et de mieux détecter les circuits financiers suspects.
Au cours de l’année, la CENTIF a produit 154 notes de renseignement financier et transmis sept rapports d’enquête à la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Elle a également fait usage de son droit d’opposition sur cinq opérations suspectes, entraînant le gel provisoire de 1,16 milliard de francs CFA.
À travers ce rapport, la CENTIF adresse un message clair : la lutte contre la criminalité financière ne peut plus se limiter aux méthodes traditionnelles. L’essor des technologies numériques oblige les autorités à adapter leurs outils d’investigation, à renforcer la coopération entre les institutions et à améliorer la qualité du renseignement financier afin de mieux détecter, poursuivre et confisquer les avoirs issus des activités criminelles. Face à une délinquance économique en constante évolution, la capacité d’anticipation apparaît désormais comme l’un des principaux leviers de protection du système financier béninois.



