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Eau Pour Tous / 84,3 % de desserte : Le modèle béninois fait sensation à Kigali

Leadership, réforme tarifaire et professionnalisation des services ruraux: trois dimensions d’une expérience béninoise appelée à peser dans l’Agenda 2030 et à renforcer le rayonnement du Bénin en Afrique.

À l’ouverture à Kigali du Symposium africain sur le leadership des systèmes d’eau et d’assainissement, le Bénin arrive avec une trajectoire de réforme, des résultats mesurables et une architecture de service public désormais regardée comme une expérience de transformation. Du 17 au 21 août 2026, l’Union africaine, l’AMCOW, le Gouvernement rwandais et l’IRC réuniront décideurs, financiers, régulateurs, opérateurs et partenaires autour d’une question centrale : comment rendre les systèmes d’eau africains plus crédibles, plus performants, plus résilients et plus attractifs pour l’investissement ?

La participation béninoise est particulièrement significative. Le programme place l’Agence nationale d’approvisionnement en eau potable en milieu rural (ANAEPMR), au cœur de trois séquences complémentaires : la table ronde d’ouverture sur la transformation des systèmes, le dialogue sur les réformes tarifaires et la mobilisation des ressources nationales, puis le dialogue sur la professionnalisation de l’eau dans les petites villes et les zones rurales. Trois scènes, trois leviers, mais un même message : l’accès universel ne se gagne pas seulement avec des forages et des châteaux d’eau ; il se construit par la cohérence de la politique publique, la soutenabilité financière et la qualité de l’exploitation.

De 42 % à 84,3 % : quand une ambition politique devient un système

Le chiffre résume le changement d’échelle. En milieu rural, le Bénin se situait autour de 42 % de desserte en 2017. À fin décembre 2025, le taux national de desserte rurale est à 84,3 %. Entre-temps, la politique de l’eau a changé de nature : d’une logique d’ouvrages dispersés, le pays est passé à une logique de service public structuré, avec des Systèmes d’approvisionnement en eau potable multi-villages (SAEPmV), des réseaux étendus, des branchements particuliers, des contrats d’exploitation, une surveillance du patrimoine et des indicateurs de performance.

Le quinzième rapport semestriel de l’ANAEPMR ajoute d’autres marqueurs : vingt-six nouveaux ouvrages réceptionnés au second semestre 2025, cinquante-sept anciennes adductions villageoises réhabilitées, une nouvelle vague de branchements domestiques, le renforcement des outils numériques de suivi et 176 prélèvements d’eau engagés dans une opération de contrôle de qualité sanitaire. La réforme n’est donc plus seulement une politique de construction ; elle cherche à maîtriser la continuité, la qualité, la maintenance, la traçabilité financière et l’expérience de l’usager.
Les partenaires internationaux ont accompagné cette montée en puissance. La Banque mondiale a notamment soutenu AQUA-VIE, programme d’accès universel en milieu rural, avec des financements successifs destinés à accélérer les systèmes multi-villages, les branchements et la professionnalisation. Mais le point le plus intéressant pour Kigali est ailleurs : le Bénin peut désormais présenter une chaîne complète de transformation, depuis la volonté politique et la planification jusqu’à l’exploitation quotidienne du service.

À Kigali, raconter la transformation : le Bénin comme cas de politique publique exemplaire en matière d’accès à l’eau potable

La première dimension de la participation béninoise se joue dans la plénière d’ouverture : « Que signifie la transformation ? ». Ce n’est pas un débat sur la technologie. Il porte sur la capacité d’un pays à aligner leadership, réformes, crédibilité institutionnelle, responsabilité et vision de long terme. C’est précisément le terrain sur lequel l’expérience béninoise est la plus instructive.

La leçon béninoise peut se résumer en quatre mouvements : faire de l’eau potable une priorité d’État ; créer une agence publique spécialisée capable de planifier et de piloter les investissements ; changer l’échelle des infrastructures en passant aux systèmes multi-villages ; et construire, autour de ces ouvrages, un dispositif de gestion, de mesure et de redevabilité. Le résultat n’est pas seulement une hausse du taux de desserte : c’est une nouvelle manière de considérer l’eau potable comme un service public qui doit fonctionner tous les jours, et non comme une infrastructure que l’on inaugure et que l’on délaisse.

Tarifs et financement : rendre le service durable sans renoncer à l’équité

La deuxième facette est plus sensible, mais décisive : la réforme tarifaire. Le programme du Symposium décrit l’intervention du Gouvernement béninois comme l’une des réformes tarifaires les plus complètes du continent. Le sujet est stratégique, car l’universalité d’un service ne se mesure pas uniquement à sa disponibilité physique. Elle dépend aussi de sa capacité à financer l’exploitation, la maintenance, le renouvellement des équipements et l’extension des réseaux, sans exclure les ménages modestes.
À Kigali, le Bénin a donc l’occasion de défendre une idée structurante : la crédibilité financière n’est pas l’ennemie du social. Un tarif compréhensible, une politique de subvention transparente, des branchements subventionnés et une protection ciblée des populations vulnérables peuvent améliorer simultanément l’équité et la pérennité du service. À l’inverse, un service artificiellement gratuit mais irrégulier, mal entretenu ou dépendant de financements exceptionnels finit souvent par coûter davantage aux plus pauvres.

Cette discussion est aussi un message adressé aux bailleurs et aux investisseurs. Un système capable de documenter ses coûts, ses recettes, ses pertes, ses obligations de service et ses mécanismes de compensation est plus lisible, donc plus finançable. Le Symposium place justement la « crédibilité financière » au cœur de sa philosophie et prévoit un espace de mise en relation entre réformes nationales, institutions financières et instruments de réduction du risque. Pour le Bénin, c’est une fenêtre directe vers de nouveaux partenariats et vers l’expansion du service.

Professionnaliser l’eau rurale : passer du point d’eau au service garanti

La troisième dimension de la participation béninoise touche au cœur de l’exploitation : la professionnalisation. Le dialogue D4.2 est consacré au passage « de la fragmentation aux opérateurs ruraux professionnels ». Le diagnostic continental est connu : des ouvrages peuvent exister sans fournir un service fiable si la maintenance est irrégulière, si les responsabilités sont floues, si la facturation est mal maîtrisée ou si les données ne remontent pas.

Le Bénin a progressivement quitté le modèle où la gestion reposait largement sur des dispositifs locaux fragmentés pour évoluer vers des opérateurs formalisés, sous contrat, avec des obligations de performance. Les contrats d’affermage régionaux, le suivi de l’exploitation, les tableaux de bord, la gestion patrimoniale et la montée en puissance du numérique donnent à l’expérience béninoise une portée qui dépasse les infrastructures. La Banque mondiale a d’ailleurs présenté cette trajectoire comme un modèle pionnier de participation privée et de professionnalisation des services d’eau ruraux susceptible d’être répliqué dans d’autres contextes africains.

C’est ici que la valeur de l’expérience béninoise devient mondiale : de nombreux pays savent construire des ouvrages ; beaucoup plus rares sont ceux qui parviennent à articuler construction, exploitation, maintenance, tarification, contrôle qualité, données, gestion contractuelle et redevabilité dans une seule architecture de service.

Au bout de la réforme, des vies quotidiennes qui changent

La force d’un modèle ne se lit pourtant pas uniquement dans les tableaux de bord. Les ressources de terrain déjà documentées au Bénin montrent ce que la réforme signifie à l’échelle d’un village. À Gbégourou, dans la commune de N’Dali, des témoignages locaux associent l’arrivée du réseau à la réduction des longues corvées d’eau, à la baisse des maladies liées aux sources insalubres et à la disparition de certaines tensions autour des points d’eau. À Tchatchou, les nouvelles infrastructures multi-villages rapprochent l’eau potable des ménages et réduisent la dépendance aux solutions précaires, notamment pour les femmes et les enfants.

C’est cette traduction sociale qui donne du sens à la valorisation internationale. Une réforme de l’eau n’est pas un objet de prestige administratif : elle se mesure en heures rendues aux femmes, en journées d’école préservées, en dépenses de santé évitées, en activités économiques rendues possibles et en confiance restaurée dans le service public.

Ce que le Bénin peut gagner d’une valorisation mondiale de son expérience

La présence à Kigali ne doit donc pas être regardée comme une simple participation à une conférence. Au moins six bénéfices stratégiques sont attendus pour le pays :
Un capital de réputation. En devenant un cas d’étude africain documenté, le Bénin renforce sa crédibilité de pays capable de conduire des réformes complexes et de les maintenir dans le temps.

Une capacité d’influence. Les enseignements béninois peuvent nourrir les standards, les politiques et les instruments continentaux liés à l’Africa Water Vision 2063, à l’Africa Water Investment Programme et à l’ODD 6.
Un effet de levier financier. La visibilité devant les banques de développement, les investisseurs et les partenaires techniques peut faciliter la mise en relation avec des instruments de financement, de garantie et de réduction du risque.

Une exportation de savoir-faire. Ingénierie, exploitation, systèmes numériques, gestion de patrimoine, montage contractuel, formation et audit de performance peuvent devenir des compétences béninoises valorisables dans d’autres pays.

Des opportunités pour les entreprises et experts nationaux. Lorsque le « modèle Bénin » gagne en visibilité, les cabinets, PME, opérateurs et professionnels qui l’ont mis en œuvre peuvent accéder à de nouveaux marchés de conseil, de travaux, d’exploitation ou de formation.
Une exigence accrue de performance interne. L’exposition internationale oblige à documenter les résultats, comparer les performances, corriger les fragilités et rendre les données plus transparentes. La réputation devient alors un moteur d’amélioration continue.

Romuald WADAGNI : une continuité présidentielle qui mérite d’être saluée

Cette nouvelle étape s’inscrit dans une transition institutionnelle désormais établie. Investi Président de la République le 24 mai 2026, Romuald WADAGNI a placé son début de mandat sous le signe de la continuité de la transformation de l’État et de son impact concret sur la vie quotidienne. Dans le secteur de l’eau, cette continuité a déjà reçu une traduction budgétaire : le Conseil des ministres du 3 juin 2026 a décidé de mettre 20 milliards de FCFA à disposition pour accélérer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements d’enseignement publics qui en sont dépourvus, auxquels s’ajoutent 10 milliards de FCFA pour les centres de santé publics concernés.
Ce choix mérite d’être salué et le Président Romuald WADAGNI félicité : il prolonge l’accès à l’eau potable au-delà des seuls indicateurs sectoriels pour en faire une infrastructure de santé, d’éducation, de dignité et de productivité. En poursuivant et en élargissant une politique d’État, la nouvelle administration envoie un signal utile : l’accès universel doit survivre aux cycles politiques et rester une obligation nationale jusqu’au dernier ménage, à la dernière école et au dernier centre de santé.
L’ambition de placer le Bénin au premier rang africain dans la réalisation de l’ODD 6 est légitime si elle est portée par des preuves comparables, une transparence accrue et une qualité de service irréprochable. Le meilleur leadership continental sera celui qui saura démontrer que l’universalité n’est ni un slogan ni une moyenne nationale, mais une réalité stable pour chaque citoyen.

Le Symposium de Kigali offre ainsi au Bénin une tribune rare. Sa participation sur les trois fronts — transformation politique, réforme tarifaire et professionnalisation — lui permet de présenter non pas une succession de projets, mais un système. C’est précisément ce que recherche aujourd’hui le secteur de l’eau en Afrique : des modèles capables de passer de l’infrastructure au service, du financement ponctuel à la crédibilité financière, et de l’exploitation fragmentée à la responsabilité professionnelle.

WM

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