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Politique

Pisciculture, aviculture, élevage cunicole : l’offensive pour l’autosuffisance

Le troisième volet des accords signés hier à l’Élysée vise les campagnes du Nord et du Centre. Objectif : structurer des filières de proximité, créer de la richesse locale et réduire la dépendance aux importations alimentaires.

65,5 milliards de francs CFA signés à Paris
Le cadre général d’abord. Lundi 5 octobre 2026, au palais de l’Élysée, le Bénin a signé deux conventions de financement avec l’Agence française de développement, pour 61,9 milliards de francs CFA, soit 94,4 millions d’euros, ainsi qu’une lettre de mandat avec Bpifrance, pour 3,54 milliards de francs CFA, soit 5,39 millions d’euros. Au total, environ 100 millions d’euros, soit 65,5 milliards de francs CFA. L’Union européenne figure parmi les partenaires financiers.
Ces engagements interviennent en marge de la première visite officielle du président Romuald Wadagni en France depuis son accession à la magistrature suprême, et à la suite de son entretien avec Emmanuel Macron. Le ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette a signé au nom du Bénin.

Pourquoi le Nord et le Centre
Le ciblage géographique n’est pas neutre. Les zones rurales du Nord et du Centre concentrent les indicateurs de précarité les plus préoccupants du pays. Éloignement des marchés, coût du transport, faiblesse des infrastructures de conservation : les producteurs y vendent souvent à perte et y achètent cher.
En orientant les financements vers ces territoires, le gouvernement articule deux objectifs affichés : l’instauration des pôles de développement territorial et la lutte contre l’extrême pauvreté. Le désenclavement n’y est pas seulement routier, il est aussi économique.

La logique des filières de proximité
Trois filières sont visées en priorité : la pisciculture, l’aviculture et l’élevage cunicole.
Le choix mérite que l’on s’y arrête. Ces trois productions partagent des caractéristiques qui en font des leviers efficaces en milieu rural. Elles exigent un capital de départ modeste, accessible à un ménage ou à un groupement. Leur cycle de production est court, de quelques semaines à quelques mois, ce qui génère des revenus rapides sans immobiliser une épargne pendant des années. Elles sont intensives en travail plutôt qu’en terre, ce qui les rend compatibles avec les exploitations familiales. Elles répondent enfin à une demande intérieure forte et largement couverte, aujourd’hui, par l’importation.
Structurer une filière, ce n’est pas distribuer des alevins ou des poussins. C’est organiser l’amont, avec les intrants et la provende, et l’aval, avec la collecte, la conservation et la commercialisation. C’est là que se gagne ou se perd la bataille de la rentabilité.

Le poisson dans l’assiette, le courant dans les villages
Le volet agricole prend tout son sens rapproché du volet énergétique du même paquet de financements. Le projet PEDER+ vise notamment 120 000 foyers supplémentaires raccordés au réseau électrique.
Or une filière piscicole ou avicole sans chaîne du froid reste prisonnière du marché local et du jour même. Avec l’électricité arrivent les congélateurs, les couveuses, les moulins à provende, la conservation. L’électricité dans les villages et le poisson dans les assiettes relèvent de la même séquence : celle d’un développement pensé comme un ensemble plutôt que comme une addition de projets.

Réduire la facture d’importation
L’enjeu est aussi macroéconomique. Chaque tonne de poisson congelé ou de volaille importée représente des devises qui sortent et des emplois qui ne se créent pas sur le territoire.
Construire des filières de proximité, c’est donc armer les territoires pour la création de richesse et pour l’autonomie alimentaire. C’est substituer de la production nationale à une dépendance extérieure, ce qui constitue, en période de tensions sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, une politique de sécurité autant qu’une politique agricole.
« Il pense à nous, là-bas »
Dans les campagnes du Centre, la nouvelle s’est répandue par la radio et les téléphones. Sessi Alayé, producteur résidant à Tchetti, ne cachait pas sa satisfaction : « On nous parle souvent de grands projets qui s’arrêtent à Cotonou. Là, on parle de poisson, de poulets, de lapins. C’est notre quotidien. Il pense à nous, là-bas. »
À Paris, la diaspora retenait surtout la présence du chef de l’État. « J’ai vu notre président, j’ai pleuré, je l’avoue. Ma mère élève des poulets au village. Savoir qu’il est venu chercher des financements pour ça, ici, à Paris, ça me dépasse », avoue Adjaratou Lawani, caissière dans un centre commercial. Rodrigue N’Tia, étudiant, ajoutait : « J’étais là depuis le matin, juste pour le voir passer. Quand il est apparu, tout le monde a crié. C’est une fierté qu’on n’oublie pas. »

L’exécution dira le reste
Le succès de ce volet se mesurera à des indicateurs simples : nombre de producteurs effectivement installés, tonnages produits, part des importations substituée, revenus des ménages concernés. Les prochains mois diront si la structuration annoncée descend jusqu’à l’exploitation familiale.

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