(Tiani, le grand bénéficiaire, continue de niaiser en croyant fermer la frontière contre Talon)
À une semaine du Ramadan, un corridor stratégique s’ouvre enfin. Près de 2 000 camions de marchandises, bloqués côté béninois depuis des mois, vont pouvoir ravitailler le Niger via le Nigeria. Un soulagement pour Niamey, dont la population pourra célébrer le mois sacré dans des conditions décentes. Mais sur le plan politique, ce dégel met aussi en lumière la position intenable du général Abdourahamane Tiani, qui persiste à feindre une fermeture totale des frontières avec le Bénin, une ligne de communication désormais ouvertement démentie par les faits.
Depuis ce lundi 9 février, les klaxons des poids lourds résonnent de nouveau sur le corridor Tsamiya-Kamba. Une musique que les opérateurs nigériens n’avaient plus entendue depuis 2019. Cette route, qui permet de rallier le Niger depuis le port de Cotonou en passant par le Nigeria, était fermée sous l’ère Buhari pour des raisons de lutte contre la contrebande. Mais le président Bola Tinubu, dans un geste d’assouplissement commercial, vient de la rouvrir.
Pour le Niger, pays enclavé et économiquement sous perfusion de Cotonou, c’est une planche de salut. Près de 2 000 camions, chargés de denrées alimentaires et de produits de première nécessité, étaient immobilisés du côté béninois. Ils pourront enfin traverser, ravitailler Niamey et permettre aux ménages nigériens d’aborder le Ramadan sans tension sur les prix.
« C’est une situation qui arrange tout le monde », résume Yacouba Dan Maradi, président du syndicat des importateurs-exportateurs du Niger, à la fois soulagé et lucide. « Nous allons pouvoir mettre à la disposition de nos concitoyens ce dont ils ont besoin. »
Au-delà du Nigeria et du Bénin respire, le Niger survit
Derrière l’apparente fluidité logistique, c’est tout un équilibre sous-régional qui se recompose. Le Nigeria, en rouvrant ce corridor, ne fait pas œuvre de charité. Il touchera des frais de transit substantiels, tout en relançant ses propres exportations agricoles (oignons, ail, céréales) vers le sud. Le Bénin, lui, voit ses marchés s’approvisionner à moindre coût et le trafic de son port se régulariser.
Mais c’est au Niger que la situation est la plus ironique. Le régime du général Tiani, qui depuis le putsch de 2023 s’évertue à proclamer une fermeture hermétique des frontières avec le Bénin, se retrouve aujourd’hui pris en flagrant délit de dépendance. Car si les camions contournent toujours officiellement le territoire béninois, la marchandise, elle, vient bien de Cotonou. Et c’est bien le président Patrice Talon qui, en coulisses, a œuvré avec Abuja pour que ce corridor soit rouvert.
Tiani, ou l’art de nier l’évidence
Pendant que les camions filent vers Niamey, le général Tiani continue son numéro d’équilibriste. Fermeture des frontières ? Blocus ? Embargo ? Les mots d’ordre officiels de la junte se heurtent désormais à une réalité têtue : le Niger ne peut se passer du Bénin, et encore moins du pragmatisme de Talon.
« Continuez à niaiser en croyant fermer la frontière contre Talon », pourrait-on résumer du côté de Cotonou, où l’on observe avec une ironie tranquille les postures souverainistes de Niamey. Pendant que Tiani fait mine de tenir tête, Talon, lui, livre les camions. Et le peuple nigérien, à la veille du Ramadan, ne s’y trompe pas : c’est bien du Bénin que vient la farine.
Le Ramadan au rendez-vous, la politique à la traîne
Au final, cette réouverture est une bonne nouvelle pour les 25 millions de Nigériens. Elle l’est moins pour l’image du CNSP, dont la stratégie d’isolement affiché se fissure un peu plus chaque jour. La frontière est contournée, le blocus est un mythe, et le grand bénéficiaire de l’opération, au-delà des opérateurs économiques, reste ce même général qui croyait pouvoir tenir tête au Bénin les armes à la main.
Une semaine avant le Ramadan, les étals de Niamey se rempliront. Et Talon, sans avoir forcé le passage, aura démontré une fois de plus que sur l’échiquier ouest-africain, la diplomatie des ports et des corridors pèse plus lourd que les rodomontades.
Reste à savoir si Tiani, le grand bénéficiaire silencieux de ce corridor, daignera un jour remercier celui qu’il prétend défier.
AY



