(Qui est réellement cet héritier controversé ?)
Saïf al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dictateur libyen Mouammar Kadhafi et longtemps pressenti pour lui succéder, a été tué mardi 3 février 2026, selon plusieurs sources confirmant des informations diffusées par la chaîne Libya al-Ahrar. Âgé de 53 ans, l’homme qui était sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité a trouvé la mort dans des circonstances encore troubles, au sud de la ville de Zintan, dans l’ouest de la Libye.
Selon le récit relayé par la chaîne Libya al-Ahrar sur le réseau X, l’attaque a été menée par quatre hommes armés qui ont pris d’assaut sa résidence après avoir neutralisé les caméras de surveillance, avant de l’exécuter. Abdullah Othman Abdurrahim, conseiller de Saïf al-Islam, a annoncé son décès sur Facebook, tandis que son cousin, Hamid Kadhafi, a déclaré à la même chaîne : « Le docteur Saïf al-Islam est tombé en martyr. Nous n’avons pas d’autres informations. »
D’un héritier réformateur à un symbole de répression
Longtemps présenté comme un visage modéré et réformateur au sein du régime de son père, Saïf al-Islam Kadhafi avait vu son image s’effondrer au début du soulèvement libyen de 2011, lorsqu’il avait promis des « bains de sang » pour réprimer la rébellion. Cette volte-face l’avait placé au cœur des poursuites internationales. La CPI avait émis un mandat d’arrêt contre lui pour crimes contre l’humanité, l’accusant d’avoir joué un rôle central dans la violente répression des manifestations.
Après la chute du régime et la mort de Mouammar Kadhafi en 2011, Saïf al-Islam avait été arrêté dans le sud libyen. Détenu pendant des années à Zintan par une milice locale, il avait été condamné à mort en 2015 par un tribunal à Tripoli, lors d’un procès qualifié d’expéditif par les observateurs internationaux. Il avait finalement bénéficié d’une amnistie et était resté dans l’ombre, tout en conservant une influence certaine dans les réseaux loyalistes et tribaux.
Un retour politique avorté
Ces dernières années, Saïf al-Islam Kadhafi était resté une figure énigmatique, régulièrement évoquée mais rarement visible. En novembre 2021, il avait surpris en déposant sa candidature à l’élection présidentielle prévue en décembre de la même année – scrutin finalement reporté sine die dans un pays profondément divisé. Depuis, sa localisation exacte était inconnue, alimentant les rumeurs et les spéculations.
Sa mort intervient dans un contexte de fragmentation persistante de la Libye, toujours en proie à des luttes de pouvoir entre gouvernements rivaux et milices armées, plus de dix ans après la chute de la Jamahiriya. L’assassinat de l’héritier des Kadhafi risque d’attiser les tensions dans un pays où le nom de Kadhafi reste à la fois un symbole de répression et, pour certains, d’une stabilité révolue.
Les circonstances exactes de sa mort, ainsi que l’identité et les motivations de ses assassins, restent à ce jour non élucidées. Aucun groupe n’a encore revendiqué l’attaque. La CPI, qui n’avait jamais pu le juger, voit s’éteindre l’une de ses affaires les plus médiatisées, tandis que la Libye enterre un chapitre de son histoire tourmentée, sans avoir trouvé la paix.



