L’attaque armée contre l’aéroport international de Niamey dans la nuit de mardi à mercredi a brutalement fait basculer l’événement sécuritaire dans l’arène diplomatique. Le président nigérien, le général Abdourahamane Tiani, a directement mis en cause les dirigeants du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France, déclenchant une vive réplique de Cotonou qui dénonce des accusations « sans fondement ».
Dans la nuit du 28 au 29 janvier, vers 00h20, des hommes armés à moto ont pris pour cible l’infrastructure aéroportuaire de la capitale nigérienne. L’assaut, d’une trentaine de minutes, a été repoussé par les forces de défense nigériennes. Le bilan officiel fait état de quatre blessés dans les rangs des forces de l’ordre. Un stock de munitions a pris feu et trois aéronefs civils, dont deux appartenaient à la compagnie Asky, ont été touchés par des tirs lors de la fuite des assaillants. Vingt attaquants ont été tués et onze interpellés, selon le ministère de la Défense. Aucun groupe n’a revendiqué l’attaque à ce stade.
Sur place pour constater les dégâts, le chef de la junte au pouvoir depuis juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani, a pointé du doigt des responsables étrangers. Devant un parterre d’officiels, il a lancé : « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara, nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent, eux aussi, à leur tour, à nous écouter rugir. » Des propos perçus comme une menace directe envers les présidents français, béninois et ivoirien.
Cotonou dénonce une « jalousie » et assure ne prendre « aucune menace à la légère »
La réaction du Bénin, visé nommément, n’a pas tardé. Par la voix de son porte-parole gouvernemental, Wilfried Léandre Houngbédji, Cotonou a catégoriquement rejeté toute implication. M. Houngbédji a avancé une explication surprenante à ces accusations : la réussite supposée du Bénin. « Il se trouve que grâce à notre travail collectif (…) le Bénin aujourd’hui (…) nous sommes premiers de la classe », a-t-il déclaré sur les ondes de Peace FM. « Dans la vie courante, quand quelqu’un est premier, certains, au lieu de travailler pour l’atteindre, se mettent à le détruire », a-t-il ajouté, visant clairement les autorités de Niamey.
Le porte-parole a également cherché à s’appuyer sur l’opinion publique nigérienne, affirmant : « J’ai lu beaucoup de réactions. Les Nigériens disent non, ça suffit, laissez le petit Bénin tranquille. Nous, on sait que les Béninois, ce sont nos frères, ce sont nos amis. »
Face aux menaces voilées du général Tiani, Wilfried Houngbédji a assuré que le Bénin renforcerait sa posture sécuritaire. « S’il y a des menaces, ce que nous faisons depuis pour garantir la quiétude à nos concitoyens (…) ces efforts-là, ils vont être maintenus, amplifiés. Nous ne prendrons aucune menace à la légère », a-t-il martelé.



