(Il insulte Talon mais lui confie son matériel militaire)
Alors que les relations entre Niamey et Cotonou sont officiellement au point mort depuis la fermeture des frontières par le Niger, un récent convoi militaire vient de mettre en lumière un paradoxe aussi flagrant qu’embarrassant pour les autorités de la transition nigérienne. En effet, le régime du Général Abdourahamane Tiani, qui multiplie les diatribes hostiles à l’encontre du Bénin, a discrètement sollicité et obtenu l’assistance sécuritaire de l’armée béninoise pour escorter du matériel militaire.
Les faits : une escorte discrète mais révélatrice
Selon des informations concordantes, un important convoi transportant des équipements militaires à destination du Niger a emprunté le corridor béninois. Parti du port de Lomé au Togo, il a traversé le Bénin sous la protection des forces armées béninoises jusqu’à la localité frontalière de Sègbana, dans le nord-est du pays. Cette opération, menée sans publicité, contraste singulièrement avec la rhétorique belliqueuse habituellement employée par Niamey contre son voisin maritime.
Une reconnaissance implicite de la fiabilité béninoise
Ce choix opérationnel en dit long. En optant pour l’itinéraire via Cotonou et le Bénin plutôt que par Ouagadougou, le Niger reconnaît implicitement deux choses :
1. La sécurité du corridor béninois, perçu comme plus fiable et sûr pour le transit de fret sensible.
2. La responsabilité et le professionnalisme des forces béninoises, jugées capables de garantir l’intégrité du chargement jusqu’à la frontière nigérienne.
Cette réalité discrédite les allégations répétées de Niamey présentant le Bénin comme une menace ou une base pour des forces hostiles. On ne confie pas son matériel de défense le plus précieux à un ennemi supposé.
Le summum de l’incohérence
Cette situation souligne une incohérence stratégique majeure dans la posture nigérienne. Comment justifier, en effet :
· De maintenir la fermeture des frontières avec le Bénin, paralysant les échanges et affectant les populations ?
· De boycotter activement le port de Cotonou, au point de créer des pénuries au Niger, en lui préférant des ports plus lointains et coûteux ?
· Tout en sollicitant secrètement l’aide logistique et sécuritaire de ce même pays et en utilisant son territoire pour une opération militaire sensible ?
Ce double jeu frise la schizophrénie diplomatique. Il révèle un décalage préoccupant entre une communication virulente, destinée peut-être à la consommation interne, et les réalités pragmatiques du terrain où la coopération reste une nécessité.
La grandeur d’âme béninoise face aux contradictions
Face à cette demande, les autorités béninoises ont, selon nos informations, répondu positivement sans tambour ni trompette. Cette attitude illustre une forme de grandeur d’âme et de sens élevé de la solidarité sous-régionale. Alors qu’il est régulièrement vilipendé, Cotonou a privilégié la stabilité et la sécurité régionale aux querelles d’ego, assurant une mission délicate sans contrepartie ni reconnaissance publique immédiate.
Une leçon de realpolitik
Cet épisode est une leçon de realpolitik. Il démontre que, malgré les tensions politiques et les rodomontades, les interdépendances géographiques et sécuritaires dans la sous-région restent profondes. Le Niger, enclavé, ne peut durablement se passer de l’accès à la mer que lui offre géographiquement le Bénin, ni ignorer l’efficacité de ses services.
Plutôt que de cultiver une hostilité artificielle et contre-productive, Niamey gagnerait à tirer les leçons de cette coopération forcée et à rétablir un dialogue franc et constructif avec Cotonou. La sécurité et le développement des deux peuples en dépendent. Continuer à diaboliser un voisin tout en comptant sur lui en catimini n’est pas une politique ; c’est une contradiction qui finit par affaiblir celui qui la pratique.



