C’est désormais plus que clair : depuis l’avènement du président Talon, le Bénin a fait le choix de faire du secteur culturel un véritable vecteur de développement. Mais l’atteinte de cet objectif dépendra en grande partie des acteurs du secteur. Afin de savoir si ces derniers sont conscients de l’enjeu, nous nous sommes rendus dans l’atelier du sculpteur à Abomey.
Dans un entretien à bâtons rompus, Enock Saturnin Donvidé a parlé de son art, de ce que représente la sculpture sur bois dans l’histoire du Danxomè, des difficultés qu’il rencontre aujourd’hui et de ses attentes.
Installé à Abomey, ce jeune sculpteur est formel : son travail, même s’il ressemble à de l’artisanat, est de l’art. Ses œuvres ont valeur d’œuvre d’art au même titre que les tableaux, les bas-reliefs, les hauts-reliefs et autres sculptures réalisées sur d’autres matières.
À Abomey, a-t-il précisé, la sculpture sur bois a toujours occupé une place importante dans la culture. Sur le plan religieux, les sculpteurs ont joué, pour les dignitaires, et continuent de jouer, pour les contemporains, un grand rôle dans la représentation symbolique. En dehors de cette fonction, il appartenait à ces artistes de produire les trônes, les portes et autres chefs-d’œuvre artistiques. Pour preuve, il a évoqué les sculptures que l’on peut trouver parmi les 27 objets rapatriés de France et des Pays-Bas ces dernières années.
Même s’il reconnaît qu’une touche de modernité est aujourd’hui apportée, il estime que la sculpture contemporaine reste toujours artistique, en ce sens que les artistes continuent de s’inspirer des réalités de leur temps pour produire leurs œuvres.
À la question de savoir si le métier peut nourrir son homme, il a répondu par l’affirmative, avant d’ajouter qu’il le ferait davantage si les autorités en charge de la promotion de la culture les aidaient à affronter efficacement les difficultés.
Parlant justement des difficultés, Saturnin Donvidé a cité le manque d’accompagnement, l’absence de consommateurs locaux pour les œuvres et les difficultés qu’ils rencontrent désormais pour se procurer du bois. En termes de suggestion, il pense que les gouvernants pourraient les encourager en commençant déjà à consommer les produits de la sculpture béninoise. Il imagine déjà combien ce serait beau de voir, au Bénin, les portes des bâtiments administratifs sculptées par les artistes locaux.
En matière d’accompagnement, il ne peut que prier pour l’avènement d’un président amoureux de l’art, à l’image du candidat à la succession de Patrice Talon qui promet, s’il était élu, un salaire aux artistes qui sauront s’imposer par leurs talents.
Laurent YOVO



