Cotonou ne peut plus se taire. Après nos premières révélations sur les dérives du restaurant Karim 24 à Cadjèhoun, les langues se délient et le tableau qui se dessine est celui d’une frustration ressentie par beaucoup de personnes. Entre sentiment de toute-puissance, soutiens occultes et ségrégation physique, l’établissement semble s’être érigé en zone de non-droit.
Les témoignages qui nous sont parvenus après notre précédente publication sont glaçants. À Karim 24, la discrimination ne se cache plus derrière des maladresses de service ; elle est devenue structurelle. Selon plusieurs sources concordantes, une hiérarchie spatiale basée sur la couleur de peau est instaurée : les fauteuils confortables seraient tacitement réservés à une clientèle expatriée ou « claire », tandis que les clients béninois noirs sont systématiquement orientés vers des chaises ordinaires.
Une question brûlante brûle les lèvres de tous : les Noirs seraient-ils jugés « trop sales » pour s’asseoir sur les fauteuils de Karim 24 ? Cette forme d’apartheid qui ne dit pas son nom, pratiquée sur la terre de Béhanzin, Bio Guéra et Kaba, est une souillure que l’on ne peut plus ignorer sous prétexte de la liberté d’entreprendre.
Le plus révoltant dans cette affaire n’est pas seulement l’acte raciste, mais l’audace de ses auteurs. Le responsable de l’établissement, ressortissant syrien, ne semble nullement ébranlé par les dénonciations. Bien au contraire, il s’en fout. Fort de ses réseaux et de ses appuis au sein de certaines sphères d’influence, ils affichent l’assurance de ceux qui ont pion sur rue.
Ce sentiment d’invulnérabilité explique le mutisme méprisant de la direction face aux accusations. Pour ces gérants, les lois béninoises et la dignité des citoyens locaux semblent n’être que des obstacles mineurs qu’un carnet d’adresses bien rempli suffit à contourner.
Si la liberté de fréquenter ou non un restaurant appartient à chacun, la lutte contre le racisme et l’humiliation institutionnalisée est une affaire d’État. On ne peut pas tolérer que des expatriés, quels qu’ils soient, exportent des idéologies de ségrégation au Bénin. De grâce, pas sur la terre de Béhanzin, Bio Guéra et Kaba !
WM



