*Pas un seul Béninois, ni Ivoirien, encore moins un Français n’a été cité
*L’intégralité du communiqué qui contredit le « rugissement » du chef de la junte
En accusant nommément Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara de « sponsoriser » l’attaque de l’aéroport de Niamey, le général Abdourahamane Tiani avait choisi la stratégie du choc. Deux semaines plus tard, le ministère de la Justice livre sa version des « premiers éléments d’enquête ». Bilan : aucun État étranger cité, des assaillants présentés comme des marginaux, et un récit qui vide de sa substance la thèse du complot. Analyse d’un désaveu en trois actes.
Du « rugissement » au silence : la mécanique du recul
Le 29 janvier 2026, le chef de la junte nigérienne tonne sur les ondes. Face caméra, le général Tiani remercie Moscou, accuse Paris, Cotonou et Abidjan, et menace : « Nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent à nous écouter. » Le lendemain, la une des médias internationaux est saturée. La France, le Bénin et la Côte d’Ivoire sont, sans preuve, exposés au banc des accusés.
Le 12 février 2026. Le ministère de la Justice et des Droits de l’homme publie un communiqué austère, presque administratif. Aucune mention du Bénin, de la Côte d’Ivoire ou de la France. Aucun chef d’État nommé. Aucun « sponsor ». À la place : un bus du ministère des Mines, détourné une semaine plus tôt près de la frontière burkinabè. Dix-sept interpellés, dont des Nigériens et des Burkinabè. Aucun Français. Aucun mercenaire venu d’Abidjan ou de Cotonou. Le soufflet médiatique retombe.
Ce communiqué ne corrige pas une erreur : il efface une accusation. En trois pages, le gouvernement nigérien dément, sans le dire, son propre chef.
Un scénario qui enterre la thèse du complot
Les « premiers éléments » livrés par la Justice dessinent un récit presque banal. Des hommes armés, entrés à Niamey dans un véhicule administratif volé. Un commando déguisé en agents de maintenance. Une intervention russe saluée, certes, mais présentée comme un appui tactique, non comme la preuve d’une ingérence occidentale déjouée.
Que reste-t-il des accusations du 29 janvier ? Rien. Aucun élément ne vient étayer la présence d’un ressortissant français parmi les assaillants. Aucun lien avec les présidents Talon ou Ouattara. Pire : en qualifiant les assaillants de « groupe armé » sans précision de commanditaire étranger, le ministère valide implicitement la thèse d’une opération locale, périphérique, voire opportuniste.
Le piédestal s’effondre. Tiani avait choisi la dramatisation. Son administration répond par la dédramatisation. L’effet est brutal : le chef de la junte apparaît isolé, contredit par ses propres services, prisonnier d’une rhétorique qu’il n’a pas les moyens de soutenir.
Une crédibilité en lambeaux
Ce désaveu n’est pas qu’une maladresse communicationnelle. Il révèle une fragilité politique profonde. Le régime de Niamey, qui a fondé une partie de sa légitimité sur la dénonciation des « puissances néocoloniales » et la bascule vers Moscou, se retrouve piégé par ses propres outrances.
Accuser sans preuve était risqué. Se dédire sans l’avouer est une faute. Le communiqué du 12 février ne mentionne ni Macron, ni Talon, ni Ouattara. Il ne les disculpe pas non plus : il les ignore. Ce silence, après les « aboiements » du 29 janvier, n’est pas une correction – c’est une rétractation implicite. Sur le plan diplomatique, le mal est fait. Sur le plan intérieur, la défiance guette.
Que penser d’un chef militaire qui promet de « rugir » et dont la Justice décrit, deux semaines plus tard, une opération de déstabilisation réduite à un détournement de bus ?
La fin d’un mythe
Le communiqué du ministère de la Justice ne se contente pas de contredire Tiani : il le désavoue. Il le descend de ce piédestal où il s’était hissé en justicier anti-impérialiste. Il révèle, par omission, que l’enquête ne confirme rien de ce qu’il avançait.
Restent les dix-sept interpellés, les blessés, l’uranium sous haute surveillance, et une junte qui, pour avoir voulu faire de cette attaque un procès contre l’Occident, se retrouve aujourd’hui face à son propre réquisitoire – vide, fragile, et désormais public.
Au jeu des accusations spectaculaires, le régime Tiani a perdu. Reste à savoir s’il en mesurera les conséquences.
WM



