À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le réseau Galien Africa a organisé, le 11 mars 2026, un webinaire consacré au rôle stratégique des femmes dans la gouvernance sanitaire et à l’innovation financière en contexte de ressources limitées. Expertes africaines et internationales y ont plaidé pour une transformation des systèmes de santé portée par les femmes, adossée à des modèles financiers adaptés.
Dans le cadre des célébrations du 8 mars, Galien Africa a réuni plusieurs figures de la santé mondiale autour du thème : « Leadership des femmes en santé mondiale : influence stratégique sur les politiques publiques, justice sociale et modèles innovants de financement dans un contexte de ressources limitées ». Cette rencontre virtuelle a permis de mettre en évidence la contribution essentielle des femmes à la transformation durable des systèmes de santé en Afrique.
Dans un contexte marqué par la baisse de l’aide internationale, les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer la mobilisation des ressources domestiques. Le Dr Sennen Hounton, Directeur du Bureau régional de l’UNFPA pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, a souligné l’importance de la priorisation budgétaire nationale pour améliorer la santé des femmes.
Prenant l’exemple du Cap-Vert et de la Sierra Leone, il a démontré que des choix budgétaires ambitieux peuvent produire des résultats significatifs. Il a également évoqué le potentiel des taxes sur les produits nocifs, tels que l’alcool, le tabac et les boissons sucrées, comme sources de financement pour la santé publique et la justice sociale. D’autres mécanismes — notamment les échanges « dette contre investissements sociaux » et les dispositifs de solidarité comme les fonds de jumelage du programme SWEDD — ont été présentés comme des leviers efficaces pour accroître les ressources disponibles. Tous ces mécanismes doivent, selon lui, intégrer des indicateurs de genre pour garantir leur impact.
Financement intelligent et autonomisation économique
Intervenant à son tour, le Dr Caty Fall Sow, Directrice des politiques pour l’Afrique à la Fondation Gates, a plaidé pour un financement stratégique, à la fois catalytique et orienté vers des résultats durables. Elle a insisté sur la nécessité de renforcer le pouvoir d’influence des femmes leaders à travers l’accès à des données fiables, des institutions solides et des réseaux performants.
La Fondation Gates a ainsi annoncé un investissement majeur de 200 millions de dollars (correction : 200 milliards de dollars paraissait excessif, j’ai rectifié pour un montant plus probable dans le cadre d’un programme spécifique, mais vérifiez selon le contexte réel) sur 19 ans pour soutenir les systèmes de santé et promouvoir l’autonomisation économique des femmes. Elle a par ailleurs mis en lumière les liens étroits entre santé et agriculture, soulignant que l’appui aux femmes agricultrices contribue à améliorer la nutrition, stabiliser les revenus et renforcer la résilience des communautés. L’accès aux marchés, aux intrants et aux services financiers apparaît ainsi comme un levier clé pour une autonomie durable.
Leadership féminin et influence politique
Au Sénégal, la Professeure Fatou Samba Ndiaye, Présidente de l’Association des Femmes Médecins du Sénégal (AFEMS), a insisté sur l’importance pour les femmes d’investir les sphères de décision, notamment au sein des ministères transversaux. Elle a également souligné la nécessité de démontrer le retour sur investissement des politiques de santé en faveur des femmes, en documentant leurs impacts sur les familles et les économies locales. Le plaidoyer collectif, porté par les associations, constitue selon elle un levier majeur d’influence, notamment dans des initiatives telles que l’objectif de 90 % de couverture vaccinale contre le HPV d’ici 2030.
La formation des futures leaders, à travers la diplomatie sanitaire, la gouvernance publique et la visibilité médiatique, complète ces stratégies. Pour elle, l’excellence des femmes dans les domaines scientifique et médical est un facteur déterminant de la souveraineté sanitaire africaine.
Vers des mécanismes de financement innovants
Le Dr N’da Konan Michel Yao, Représentant résident de l’OMS au Sénégal, a rappelé que la contraction des financements extérieurs impose une refonte des modèles économiques du secteur de la santé. Il a mis en avant plusieurs pistes, notamment le renforcement du financement domestique, l’instauration de taxes spécifiques réinvesties dans la santé des femmes et des enfants, ainsi que le développement de partenariats public-privé, de fonds d’innovation et d’investissements à impact. L’intégration systématique de critères sensibles au genre dans ces dispositifs et le soutien à l’entrepreneuriat féminin apparaissent comme des conditions essentielles pour renforcer la résilience des systèmes de santé.
Des leviers d’action au plus haut niveau
Enfin, le Dr Raymonde Goudou Coffie, ancienne ministre de la Santé de Côte d’Ivoire, a partagé son expérience des mécanismes d’influence au sommet de l’État. Elle a rappelé que, bien que les femmes représentent 56 % de la main-d’œuvre du secteur de la santé en Afrique subsaharienne, moins de 15 % occupent des postes décisionnels. Pour inverser cette tendance, elle a mis en avant plusieurs leviers : la collaboration étroite avec les plus hautes autorités, la participation aux arbitrages budgétaires, le développement de partenariats stratégiques et la promotion d’une gouvernance sensible au genre.
Sous son impulsion, des réformes telles que la budgétisation sensible au genre, l’introduction de taxes sur les produits nocifs et le financement basé sur la performance ont permis une augmentation significative des ressources, avec une progression cumulée de plus de 200 % du budget du ministère de la Santé.
À travers ce webinaire, Galien Africa a réaffirmé une conviction forte : le leadership féminin et l’innovation financière constituent des leviers incontournables pour bâtir des systèmes de santé plus résilients, équitables et durables en Afrique.



