Alors que la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) célèbrait en 2025 son cinquantième anniversaire, l’art urbain s’est invité dans les festivités. À l’occasion du Village du Cinquantenaire, qui s’est tenu du 12 au 20 novembre au Palais des Congrès de Cotonou, le collectif Street Hum’art a dévoilé une œuvre monumentale et itinérante : « Jubilé d’Or ». Plus qu’une simple toile, cette fresque de 14 m² se veut une allégorie vivante de cinq décennies de luttes, d’espoirs et de solidarité ouest-africaine.

C’est dans l’intimité du village de Gbetago, à « Tanwhé » (la Maison de l’histoire), que l’histoire a commencé à s’écrire. Pendant trois jours et trois nuits, dix artistes du collectif Street Hum’art — dont Manon Sessi ZANNOU, Tiburce CHÉTANGNI et Sheridane Viakinnou — ont travaillé sans relâche pour donner vie à une commande de la Représentation de la CEDEAO au Bénin. Leur mission ? Retracer sur une toile mobile de 4 mètres sur 3,5 les grandes réalisations de l’institution, tout en parlant au peuple.

Une technique mixte au service de la mémoire
Le résultat est saisissant. « Jubilé d’Or » repose sur une technique mixte qui fait la signature du collectif : la vigueur graphique du graffiti (contours nets, aplats de couleurs chaudes) se marie avec le réalisme détaillé de l’art plastique (textures des tissus, profondeur des visages). La palette, dominée par l’ocre et l’orange, évoque immédiatement la terre africaine, le soleil et la chaleur humaine.
Mais au-delà de l’esthétique, c’est la composition qui frappe. Structurée sur un axe vertical, la fresque raconte une transmission :
· En haut, le passé et l’institution : on y découvre les logos officiels, la carte du Traité de Lagos (1975) et les visages des Pères Fondateurs.

· Au centre, le présent et l’action : l’agriculture, symbole de souveraineté alimentaire, y côtoie des noix de cola — ce fruit sacré qui, dans toute l’Afrique de l’Ouest, scelle les pactes et les alliances entre les peuples.
· En bas, l’avenir et le peuple : une foule en mouvement, des danseurs, des travailleurs, et surtout un enfant, héritier symbolique, qui tend la liste des fondateurs vers le spectateur.

Une œuvre témoin de son temps
« Jubilé d’Or » ne se contente pas de célébrer. Elle porte aussi un plaidoyer discret mais puissant. Alors que la CEDEAO traverse l’une des périodes les plus complexes de son histoire, marquée par des tensions politiques et des retraits d’États membres, la fresque insiste sur les valeurs de Paix (les colombes), de Sécurité (Vision 2050) et d’Unité. Elle rappelle, par la force du symbole, que l’idéal des fondateurs — la solidarité, la fraternité, l’intégration — reste plus que jamais d’actualité.
Les inscriptions qui parsèment l’œuvre sont autant de repères pour le citoyen : on y croise les sigles des institutions clés (BIDC, WAPP, OOAS, ECOMOG), les grandes dates (1975, 1993), et les textes fondateurs qui ont façonné la libre circulation, la justice ou la gouvernance régionale.
Un voyage, de Cotonou à Lagos
Après son exposition triomphale au Palais des Congrès de Cotonou, l’œuvre a rejoint le site du WAPP à Abomey-Calavi pour y être emballée et sécurisée. Mais son voyage ne fait que commencer. Le 29 novembre 2025, « Jubilé d’Or » prendra la route pour Lagos, au Nigeria, où elle sera installée de façon permanente au siège de la CEDEAO.

D’ici là, elle restera le témoin silencieux d’une ambition : celle de pérenniser, par l’art, le message d’unité et de progrès qui a guidé 50 ans d’intégration régionale.
WM



