(Le Br doit nous dire là où il a dissous le truc de Yayi)
Dans cette affaire de disparition du parti de Boni Yayi, Les Démocrates (LD), le président Patrice Talon n’a commis qu’un péché mineur. C’est lui qui a envoyé ses éléments s’attaquer à l’opposition pour offrir un bon parlement à son successeur. La vraie faute, pour ne pas dire crime, revient au président du Bloc républicain Abdoulaye Bio Tchané. Car c’est lui qui, connaissant la structure moléculaire de ce parti, l’a juste jeté dans un seau d’eau. LD n’étant pas loin d’un comprimé effervescent, en l’occurrence l’Efferalgan, il a simplement été dissout. Donc, plus de LD sur la carte politique nationale.
Mais quittons le terrain de la caricature et du champ de la satire pour tendre les nerfs au président Yayi, pour revenir aux choses sérieuses. L’analyse du cuisant échec de LD mérite qu’on y applique les principes d’un jugement critique. Qu’est-ce qui a fait perdre LD ?
« On ne se découvre que lorsqu’on se mesure à un obstacle. » Cette célèbre citation d’Antoine de Saint-Exupéry, tirée de son œuvre : Terre des hommes, suffit à résumer ce qui s’est réellement passé avec le parti du président Yayi, dimanche 11 janvier dernier. Car il a fallu que LD se retrouve sur un terrain de vérité pour se mirer dans la glace. Autrement dit, la véritable force d’un parti politique ainsi que la révélation de ses capacités, de son caractère, n’émergent qu’en étant confronté à des difficultés et des épreuves, l’obligeant à puiser dans ses ressources intérieures pour les surmonter. Au soir de ce scrutin du dimanche, tout le monde a vu ce que vaut réellement le parti du président Yayi. Il s’en est suivi la preuve matérielle de la fin d’un cycle politique pour ce parti. Car les résultats montrent que LD n’est plus une alternative crédible. Une évidence que le vote émotionnel de 2023 n’a pas résisté à l’épreuve du temps et à la sincérité des résultats des efforts louables du gouvernement Talon. Il se dessine clairement comme l’eau de roche que ce qui apparaissait comme une percée historique en 2023, n’était en réalité qu’un mirage politique.
Avec moins de 17 % de l’électorat, un chiffre qui traduit un décrochage profond entre le parti LD et les réalités nationales, il a fallu le grigri du temps pour que les masques tombent. Une preuve que l’opposition ne peut durablement prospérer sur la seule contestation. Elle se devait de proposer un projet. D’incarner une vraie alternative, hélas.
Mais au lieu de chercher les poux sur le crâne chauve du voisin, les hommes du président Yayi devraient procéder à une vraie introspection. Ils comprendront très vite qu’il s’est posé au parti une question de gouvernance interne : responsabilité et auto-affaiblissement des fondamentaux du parti. Les Démocrates ont été affaiblis de l’intérieur avant de l’être dans les urnes, le dimanche passé.
Absence de démocratie interne, gestion opaque et conflits de leadership ont miné la cohésion du parti pour finir par le livrer à une auto vindicte populaire. Car un parti qui ne pratique pas la démocratie en son sein ne peut prétendre gouverner démocratiquement un pays. Déjà que LD a développé en son sein des dérives régionalistes qui ont progressivement enfermé le parti dans une logique clivante, loin d’une ambition nationale pour une alternance rêvée. Malheureusement pour les militants et sympathisants, les alertes internes ont été ignorées, jusqu’à provoquer une implosion qui ne disait pas son nom.
Quid des démissions ?
Les départs nés de la mauvaise gestion de la désignation du candidat du parti auraient dû être analysés en tout objectivité comme un acte politique et non un accident. Ces départs en cascade ne relevaient pas de l’anecdote, mais d’un désaveu politique clair et profond qui aurait dû être pris au sérieux. Quand des cadres élus quittent un parti, c’est la preuve d’une crise de confiance structurelle qui devrait faire l’objet d’une autocritique conséquente. Et cela aurait dû être pris comme un acte d’accusation contre une direction incapable de se réformer pour se mettre au goût du temps. Yayi n’était plus la solution. Il était le problème et la barque LD n’a pas chaviré par surprise : elle prenait l’eau depuis longtemps. Depuis l’arrivée de l’ancien président à la tête de la direction. Tous ces ingrédients réunis n’allaient pas donner un résultat meilleur à la déculottée du 11 janvier dernier.
LD, si le parti veut renaître, doit changer totalement de paradigme pour ramener ses vraies forces, Eric Houndété et Nourénou Atchadé qui sont des démissionnaires silencieux.
Aboubakar TAKOU



