Alors que le Niger sombre dans une crise multidimensionnelle – enseignants impayés depuis quatre mois, uranium bloqué, économie paralysée –, une voix se fait étrangement discrète : celle de Kémi Séba. Le militant panafricaniste, pourtant connu pour ses prises de position sans concession et son soutien affiché aux régimes « anti-impérialistes », est aux abonnés absents au moment où son mentor, le président de la transition Abdourahamane Tiani, aurait le plus besoin de conseils… ou de soutien médiatique.
Un silence qui interroge
Dans un contexte où les salaires des fonctionnaires nigériens ne sont plus versés, où une cotisation forcée de 100 francs CFA par élève a échoué à combler les caisses de l’État, et où les camions d’uranium destinés à l’exportation sont immobilisés à Niamey, l’absence de réaction de Kémi Séba sur les réseaux sociaux et dans les médias est remarquée. Lui qui n’a cessé de défendre la souveraineté africaine et de dénoncer l’ingérence occidentale semble aujourd’hui muet face à la « malgouvernance des incompétents au sommet de l’État », pour reprendre l’expression d’un observateur béninois.
Un décret qui crispe, un allié qui s’efface
La mesure la plus controversée du régime de Tiani – un décret autorisant la saisie des biens des citoyens « pour la défense de la nation » – n’a pas non plus provoqué de réaction publique de la part de Kémi Séba. Pourtant, ce texte, perçu comme une expropriation arbitraire, va à l’encontre des principes de souveraineté populaire et de justice économique que le leader panafricaniste dit défendre. Où est donc passé le pourfendeur de l’« État prédateur » ?
Stratégie ou désillusion ?
Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ce silence. Pour certains, Kémi Séba pourrait opter pour une distance stratégique, évitant de s’associer à un pouvoir dont la gestion chaotique devient indéfendable. Pour d’autres, il s’agirait d’une forme de désillusion face à un régime qui, après un coup d’État présenté comme libérateur, reproduit les travers qu’il dénonçait : opacité, mesures autoritaires, et incapacité à garantir le bien-être des populations.
Leçons pour le panafricanisme de terrain
La situation nigérienne met en lumière les contradictions d’un certain panafricanisme de soutien inconditionnel aux régimes en place. En s’abstenant de critiquer Tiani, Kémi Séba risque d’apparaître moins comme un défenseur des peuples que comme un partisan de circonstance, fidèle aux hommes plus qu’aux idées. Son mutisme actuel contraste fortement avec la verve qu’il déploie habituellement pour dénoncer les régimes jugés inféodés à l’Occident.
Et maintenant ?
Alors que le Niger semble s’enfoncer dans l’impasse, la balle est dans le camp de Kémi Séba. Continuera-t-il à se taire, au risque de perdre en crédibilité auprès de sa base militante ? Ou rompra-t-il enfin le silence, ne serait-ce que pour appeler à une gouvernance plus juste et plus redevable envers le peuple nigérien ? Une chose est sûre : en cette année 2026, les peuples africains sont de plus en plus exigeants envers ceux qui prétendent les représenter. Le soutien critique, et non l’angélisme politique, pourrait bien devenir la nouvelle norme.
Worou MERE



