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Société

378 millions FCFA volés chez un ex-ministre : L’affaire qui embarrasse la lutte anti-corruption au Burkina (Tous les détails)

*Qu’est-ce qui attend son fils chasseur de la corruption dans le pays ?

*L’intégralité du document qui détaille les faits

Une affaire de vol à domicile défraie la chronique judiciaire et politique burkinabè. L’ancien ministre des Infrastructures, Adam Luc Sorgho, a déposé plainte pour le vol, en plein après-midi à son domicile, d’une somme colossale de 378 millions de francs CFA (environ 576 000 euros) ainsi que de chèques bancaires. L’auteur présumé, selon le communiqué du Parquet de Ouagadougou daté du 6 février, n’est autre que son garde du corps, le soldat Étienne Zoungrana, détaché à la protection des hautes autorités, actuellement en fuite et objet d’un avis de recherche.

Si les faits sont, en apparence, sordidement simples, le contexte familial de la victime leur confère une résonance politique et éthique explosive. Adam Luc Sorgho est en effet le père du Commandant Farouk Azaria Sorgho, porte-parole et visage public du KORAG, l’organe responsable de la lutte contre la corruption au Burkina Faso. Cette coïncidence transforme un banal dossier pénal en miroir tendu à la société burkinabè, soulevant des questions gênantes sur l’origine des fortunes, l’exemplarité des élites et les contradictions possibles au sein de l’État.

Une somme « gardée à domicile » qui suscite l’interrogation

Le premier point qui frappe à la lecture du communiqué du Procureur du Faso, Bakouli Blaise Bazie, est l’ampleur du préjudice. 378 millions de FCFA en numéraire, conservés dans un placard, dépassent l’entendement pour le citoyen lambda et soulèvent immédiatement des questions sur les motifs d’une telle détention d’espèces liquides. Les pratiques bancaires et la déclaration des avoirs pour les anciens ministres entrent ici en ligne de compte. Le communiqué précise qu’un « petit coffre-fort a fait l’objet d’une tentative d’effraction, sans succès », suggérant que des valeurs encore plus importantes ou sensibles pouvaient s’y trouver.

« La simple conservation d’une telle somme à domicile, en dehors du circuit bancaire formel, mérite des éclaircissements », estime un économiste ouagalais sous couvert d’anonymat. « Cela interroge sur sa provenance, sa déclaration fiscale et son utilisation prévue. Dans un pays où le KORAG mène une lutte affichée contre l’enrichissement illicite, chaque citoyen, a fortiori un ancien membre du gouvernement, est en droit d’attendre une transparence totale. »

L’ombre portée du KORAG et la question de l’exemplarité

Le paradoxe est saisissant. D’un côté, le Commandant Farouk Azaria Sorgho, fils de la victime, intervient régulièrement devant les médias pour annoncer des interpellations, des saisies et dénoncer les « antivaleurs » qui minent le pays. De l’autre, son propre père est placé, par la force des événements, sous les projecteurs d’une affaire mettant en scène une fortune liquide qui semble échapper aux circuits conventionnels.

Cette situation place le KORAG dans une position inconfortable. L’organe de lutte anti-corruption peut-il, ou doit-il, se saisir d’une affaire touchant aussi directement la famille de l’un de ses principaux porte-voix ? Le principe d’exemplarité, fondamental dans la restauration de la confiance publique, commande une réponse claire. Le silence ou un traitement privilégié seraient perçus comme une faillite éthique et une preuve de « deux poids, deux mesures ».

« La crédibilité de toute institution de contrôle repose sur son impartialité et son intrépidité, y compris face à ses propres membres ou à leurs proches », analyse une militante de la transparence qui a voulu gardé lanonyma. « Le KORAG est à un tournant. Soit il démontre, par des actes, qu’aucune zone d’ombre n’est tolérable, surtout si elle touche ses responsables, soit il risque de voir son capital de confiance, patiemment construit, s’éroder rapidement. »

L’enquête sous surveillance : entre fait divers et affaire d’État

L’enquête ordonnée par le Procureur du Faso sera donc scrutée à la loupe. Elle devra éclaircir non seulement les circonstances précises du vol et la traque du soldat Zoungrana, mais aussi, nécessairement, l’origine et la destination des fonds volés. La pression de l’opinion publique et de la presse sera forte pour que ces aspects ne soient pas éludés.

Le fait que l’auteur présumé soit un militaire affecté à la protection des hautes autorités ajoute une autre couche de complexité. Elle met en lumière les risques liés à la proximité entre protecteurs et protégés, et pose la question des contrôles et de la fiabilité du personnel dédié à ces missions sensibles.

Au-delà du scandale ponctuel, cette affaire pourrait agir comme un révélateur des ambiguïtés qui persistent dans la gestion de la chose publique et dans la lutte contre la corruption. Elle teste la capacité des institutions burkinabè à appliquer leurs propres principes avec une rigueur impartiale, surtout lorsque cela concerne les cercles du pouvoir ou leurs apparentés.

L’enjeu, in fine, dépasse largement le sort de 378 millions de francs CFA. Il touche à l’équité de la justice, à la cohérence de l’action publique et à la possibilité de construire un État où la loi est la même pour tous, sans distinction de rang ou de parenté. Les prochains jours, entre avancées de l’enquête et réactions (ou silences) officiels, seront déterminants.

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