L’Assemblée des experts iranienne a désigné, ce dimanche 8 mars 2026, Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême de la République islamique. Fils de l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de la guerre contre Israël et les États-Unis, il hérite d’un pays toujours sous les bombardements et d’un titre que beaucoup voyaient déjà lui revenir après des années de montée en puissance discrète au sein de l’appareil politico-militaire.
Une désignation sous les bombes et les menaces
La nouvelle est tombée alors que l’Iran est toujours la cible d’une campagne de bombardements aériens israélo-américaine. C’est dans ce contexte de crise majeure que l’Assemblée des experts, l’institution chargée de désigner le successeur du guide suprême, a choisi Mojtaba Khamenei.
Le choix de ce religieux de 56 ans était pressenti depuis plusieurs jours. Les États-Unis, par la voix de Donald Trump, avaient même évoqué son nom, le qualifiant de « grand Satan » et menaçant qu’il serait « tué comme son père » s’il était nommé. Une menace qui n’a visiblement pas dissuadé l’Assemblée des experts, et qui place d’emblée le nouveau guide sous une pression sécuritaire extrême.
Un homme de l’ombre devenu héritier
Longtemps resté dans l’ombre de son père, Mojtaba Khamenei était considéré depuis des années comme un successeur potentiel. La mort de l’ancien président Ebrahim Raïssi dans un accident d’hélicoptère en 2024 avait déjà fait de lui le candidat le plus sérieux à la succession. Mais c’est surtout son travail patient de consolidation d’alliances avec le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) qui lui a assuré une base de pouvoir solide.
« Intransigeant » et « apprécié des jeunes générations radicalisées » au sein du CGRI, selon Kasra Aarabi, spécialiste de l’organisation, Mojtaba Khamenei s’est toujours opposé à tout dialogue avec l’Occident, notamment sur le dossier nucléaire. Il a également su s’entourer de figures clés du régime, entretenant des relations étroites avec le commandant de la force Al-Qods et la milice des Bassidji.
Un guide aux qualifications religieuses contestées
Si son influence politique et sécuritaire est indéniable, sa légitimité religieuse est plus fragile. Mojtaba Khamenei ne porte que le titre d’hodjatoleslam, un rang inférieur à celui d’ayatollah dans la hiérarchie chiite. Pour ses détracteurs, cette nomination contourne les critères religieux traditionnels et ravive le spectre d’une transmission dynastique du pouvoir, pourtant rejetée par les fondateurs de la République islamique qui entendaient rompre avec le modèle monarchique des chahs.
Sa nomination intervient également alors que son nom est entaché de plusieurs controverses. Visé par des sanctions américaines depuis 2019, il est accusé par le Trésor américain de « promouvoir les objectifs régionaux de déstabilisation ». Une enquête de Bloomberg, publiée en début d’année, révélait également qu’il est à la tête d’un vaste « empire financier », avec des actifs allant du transport maritime dans le Golfe à l’immobilier de luxe en Grande-Bretagne.
Un deuil personnel et un pays en guerre
Le nouveau guide suprême aborde sa fonction avec un lourd tribut personnel. Son épouse, fille d’une figure de la ligne dure, a été tuée le 28 février dans les bombardements israélo-américains. Un drame qui pourrait renforcer sa détermination dans la conduite de la guerre.
Dans ce contexte, Mojtaba Khamenei incarne à la fois la continuité de la ligne dure de son père et l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, forgée dans la guerre Iran-Irak et les alliances avec l’appareil sécuritaire. Reste à savoir si sa désignation, qui brise plusieurs tabous institutionnels, parviendra à unifier un pays déchiré par la guerre, les manifestations passées (notamment le mouvement « Femme, Vie, Liberté » de 2022) et les profondes divisions internes.
Pour l’heure, l’homme qui n’avait jamais occupé de fonction officielle se retrouve à la tête d’un État en guerre, héritier d’un système qu’il a contribué à façonner dans l’ombre, et désormais confronté à la pleine lumière du pouvoir et des responsabilités.



