L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, est sorti de son silence ce lundi dans les colonnes du quotidien belge La Libre Belgique. Cette série d’entretiens, la première du genre après une condamnation à mort prononcée par contumace en octobre dernier, marque un retour offensif sur la scène politique. L’ex-chef de l’État y dresse un réquisitoire sans appel contre son successeur, Félix Tshisekedi, qu’il accuse de gouverner sans Constitution et de plonger le pays dans une impasse sécuritaire.
Un timing qui n’a rien d’un hasard
La publication de cette interview, le 23 mars, n’est pas anodine. Cette date coïncide avec l’anniversaire de l’accord de paix de 2009 entre le gouvernement congolais et le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un accord dont le non-respect présumé a conduit à la résurgence du M23 (Mouvement du 23 mars). En revenant sur cette période, Joseph Kabila a vanté les mérites des dialogues qui, selon lui, ont évité « l’implosion » du pays il y a vingt ans. Face à la crise actuelle, il estime que le dialogue reste l’unique issue pour prévenir ce qu’il appelle la « soudanisation » de la RDC, une référence aux risques de partition et d’instabilité durable.
« Va-t-en-guerre » et « dictature » : les accusations fusent
L’ancien président s’est montré particulièrement acerbe à l’égard de la politique menée par Félix Tshisekedi. Il qualifie ce dernier de « va-t-en-guerre », un terme lourd de sens dans un contexte où les processus de paix menés à Doha et Washington sont au point mort. Selon Joseph Kabila, la responsabilité de cet échec incombe entièrement à l’actuel chef de l’État.
Interrogé sur la frappe de drone survenue le 11 mars, qui a coûté la vie à une humanitaire française et dont la cible supposée était sa résidence, l’ex-président a affirmé se sentir constamment « dans le viseur de Kinshasa ». Tout en appelant à la prudence tant que les enquêtes se poursuivent, il a assuré « garder le moral ».
Mais c’est sur le plan institutionnel que Joseph Kabila a porté l’attaque la plus frontale. Il a dénoncé un vide constitutionnel, affirmant que la Loi fondamentale est « foulée aux pieds par Félix Tshisekedi et son clan ». Selon lui, le non-respect de la Constitution ne date pas d’aujourd’hui, mais de 2009. Il oppose une fin de non-recevoir à toute révision constitutionnelle, qu’il présente non pas comme une question personnelle, mais comme un « principe ».
« Balayer le système »
Au-delà des critiques, l’interview de Joseph Kabila révèle ses intentions politiques. S’il affirme ne pas vouloir modifier la Constitution, il se fixe un objectif clair : « mettre fin au régime Tshisekedi ». Utilisant une métaphore radicale, il appelle à « balayer le système » et à changer la classe politique, qu’il assimile à une « dictature ».
Cette prise de parole intervient dans un climat de fortes tensions entre Kinshasa et le camp Kabila. Alors que le pays est confronté à une crise sécuritaire dans l’Est, les déclarations de l’ancien président risquent de raviver les antagonismes politiques à l’approche d’une échéance électorale déjà incertaine.



