Le premier Conseil des ministres du septennat de Romuald Wadagni, tenu ce jeudi 28 mai 2026 au Palais de la Marina, n’a pas été une simple séance protocolaire. Entre la définition d’un nouveau rythme de travail, l’affichage d’ambitions sociales inédites et une série de nominations stratégiques à la Présidence, le chef de l’État a posé les jalons d’une gouvernance qu’il veut plus efficace, plus sobre et plus tournée vers les territoires.
Un rythme inédit : fini le Conseil des ministres hebdomadaire
Première rupture annoncée : l’organisation du travail gouvernemental. Désormais, le Conseil des ministres ne se réunira plus chaque semaine, mais en session ordinaire tous les premiers mercredis du mois. À la place, deux Comités interministériels par mois (les premier et troisième lundis) et des Conseils de cabinet sectoriels selon les besoins. Objectif affiché : désengorger l’agenda des grandes réunions plénières pour favoriser le travail technique approfondi. Une façon de gagner en efficacité tout en maintenant le contrôle politique.
Des garde-fous moraux inédits
Wadagni a également profité de cette première rencontre pour fixer des principes intangibles à ses ministres. Le choix de les nommer, a-t-il rappelé, ne doit être perçu « ni comme un privilège personnel, encore moins comme la rétribution d’un engagement politique ». Une mise en garde claire contre toute tentation clientéliste. Il a ajouté que l’intérêt général doit guider toutes les décisions, « loin des considérations partisanes ou personnelles », et que les membres du gouvernement sont astreints à une obligation d’exemplarité, de sobriété, d’intégrité et de solidarité. Le ton est donné : la rigueur morale sera de mise.
Un cap social ambitieux : éradiquer l’extrême pauvreté
Au chapitre des priorités, le président a fixé un objectif d’une ampleur presque révolutionnaire : l’éradication de l’extrême pauvreté et la réduction sensible de la pauvreté. La méthode annoncée est une « régionalisation plus significative du développement » afin de réduire substantiellement les écarts entre les communes. Autrement dit, l’État ne doit plus se concentrer sur Cotonou et les grandes villes ; les zones rurales et les territoires défavorisés deviennent des chantiers prioritaires. Une promesse qui engage l’ensemble du septennat.
La sécurité, deuxième pilier
Autre priorité martelée : la défense et la sécurité du territoire. Dans un contexte sous-régional instable, Wadagni instruit le gouvernement d’y travailler « résolument ». Une mention qui résonne avec les nominations sécuritaires effectuées le même jour.
Les nominations qui renforcent l’état-major présidentiel
Le président ne s’est pas contenté de paroles. Plusieurs décrets signés le 28 mai 2026 viennent structurer son équipe rapprochée.
• À la communication : Fiacre Vidjingninou est nommé directeur de la communication de la Présidence. Il aura la lourde tâche de coordonner la parole présidentielle et de piloter la stratégie médiatique de l’exécutif.
• Au cabinet militaire : le colonel-major Mètohokan Gabin Abel Chahounka devient directeur du Cabinet militaire du président de la République.
• À la tête de la Garde républicaine : le général de brigade Djimon Dieudonné Tevoedjre est nommé commandant de la Garde républicaine.
• À la défense et à la sécurité : le général d’armée aérienne Bertin Bada est nommé conseiller à la Défense et à la Sécurité du président.
• Aux affaires politiques : Gaston Cossi Dossouhoui et Modeste Tihounté Kérékou sont nommés chargés de mission aux affaires politiques auprès du président.
Ces nominations, alliant profils militaires de haut rang, figures politiques chevronnées et un nouveau patron de la communication, dessinent une Présidence recentrée sur l’efficacité et la réactivité.
Une feuille de route qui mêle rupture et continuité
Avec ce premier Conseil des ministres, Romuald Wadagni marque une nette rupture dans la méthode (moins de réunions, plus de résultats) et dans l’ambition sociale (éradiquer l’extrême pauvreté). Il pose également des garde-fous moraux contre les dérives clientélistes. Parallèlement, les nominations à la Présidence témoignent d’une volonté de s’entourer d’une équipe solide, mêlant expérience militaire, ancrage politique et compétences en communication.
Reste à savoir si l’administration suivra ce tempo et si les moyens suivront les discours. Mais le signal est clair : le septennat 2026-2033 ne sera pas celui de la simple continuité.



