À contre-courant des approches classiques qui placent le financement au cœur des politiques urbaines, le maire de Cotonou, Luc Gnacadja, invite à repenser les priorités. Pour l’architecte, ancien ministre et ancien secrétaire exécutif de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification, le véritable défi n’est pas de trouver des financements, mais de savoir ce qui mérite d’être financé pour transformer durablement les villes africaines.
Intervenant lors des BOAD Development Days à Lomé, l’édile de Cotonou a défendu une vision intégrée de l’habitat, qu’il considère comme un puissant levier de développement économique, social et environnemental.
« L’habitat, ce n’est pas seulement le logement. C’est aussi les infrastructures, les services et les filières économiques qui l’accompagnent », a-t-il souligné.
Miser sur les filières locales plutôt que sur les importations
Face à la dépendance croissante des pays africains aux matériaux importés, Luc Gnacadja plaide pour une révolution productive à l’échelle régionale. Selon lui, les États et les institutions financières devraient prioritairement soutenir la création de chaînes de valeur locales capables de produire les matériaux et équipements nécessaires à l’habitat.
« Chaque fois que nous importons ce que nous pourrions produire localement, nous importons notre pauvreté », affirme-t-il.
Pour le maire, le développement de ces filières représente une opportunité majeure de création d’emplois, de renforcement de la souveraineté économique et de réduction de l’empreinte carbone des constructions.
Réhabiliter l’existant avant de bâtir le futur
Une autre conviction forte portée par Luc Gnacadja est que la transition écologique des villes africaines ne doit pas se limiter à la construction de nouveaux logements.
Alors que près de 90 % de l’habitat africain a été réalisé par le secteur informel, il estime urgent d’améliorer les performances énergétiques des logements déjà existants grâce à des solutions simples et accessibles : végétalisation, ventilation naturelle, protection solaire, adaptation des toitures.
Une urbanisation plus dense et plus intelligente
Pour faire face à la croissance démographique et à l’expansion urbaine, le maire de Cotonou met également en garde contre l’étalement incontrôlé des villes. Selon lui, les collectivités africaines doivent privilégier une densification planifiée, capable d’optimiser les infrastructures existantes et de limiter la consommation des terres agricoles et des zones humides.
« Nos villes doivent grandir en efficacité plutôt qu’en superficie », défend-il.
Cotonou : transformer l’eau en moteur de développement
Mais c’est surtout sa vision pour la capitale économique béninoise qui a retenu l’attention des participants. Ville construite entre l’océan Atlantique, le lac Nokoué et la lagune de Cotonou, la métropole béninoise fait face à d’importants défis liés aux inondations et à la montée du niveau de la mer. Là où beaucoup voient une vulnérabilité, Luc Gnacadja voit une opportunité.
« Plutôt que de tourner le dos à l’eau, je veux en faire une trajectoire de croissance », déclare-t-il.
Inscrite dans le document de mandature « Cotonou 2026-2033 : Changer d’échelle », cette ambition vise à faire de la ville un modèle africain de résilience urbaine, capable de transformer ses contraintes naturelles en avantages compétitifs.
À l’approche de son bicentenaire, prévu autour de 2030, Cotonou entend ainsi renforcer son rôle de moteur économique national et devenir une référence régionale en matière d’adaptation climatique et de développement durable.
Une vision pour l’Afrique urbaine de demain
À travers son intervention, Luc Gnacadja propose bien plus qu’une réflexion sur l’habitat. Il esquisse une nouvelle manière de penser la ville africaine : une ville qui produit davantage localement, valorise son patrimoine culturel et architectural, améliore l’existant avant de construire le neuf, et transforme les défis climatiques en opportunités de développement. Un message qui résonne particulièrement à l’heure où les villes africaines s’apprêtent à accueillir plusieurs centaines de millions de nouveaux habitants d’ici à 2050.



