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Politique

Polémiques autour des ministres conseillers : Pourquoi faut-il les maintenir ?

Maillon stratégique pour le président Wadagni ou simples postes politiques?

Les analyses d’Ayindé Yaya, un béninoise de la diaspora

Depuis leur mise en place, les ministres conseillers continuent d’alimenter le débat public. Pour certains, ils constitueraient un niveau supplémentaire dans l’organisation gouvernementale. Pour d’autres, ils représentent un instrument stratégique permettant au chef de l’État de disposer d’une lecture plus fidèle des réalités du terrain et d’améliorer l’efficacité de l’action publique.

Contrairement aux ministres sectoriels, dont la responsabilité première consiste à concevoir, mettre en œuvre et piloter les politiques publiques dans leurs domaines respectifs, les ministres conseillers exercent une mission davantage transversale et stratégique. Leur rôle est d’observer les effets des politiques publiques, de recueillir les préoccupations des populations, d’évaluer l’impact des actions gouvernementales et d’en rendre compte au président de la République afin de faciliter la prise de décision.

Ils constituent ainsi un véritable trait d’union entre les institutions de l’État et les citoyens. Cette mission suppose une présence constante sur le terrain, des échanges réguliers avec les élus locaux, les organisations socioprofessionnelles, les associations, les leaders communautaires, les jeunes, les femmes ainsi que les acteurs économiques. Une telle responsabilité exige du temps, de la méthode et une capacité permanente d’analyse.

C’est dans cette logique que s’inscrit la réflexion portée par Ayindé Yaya, Béninois de la diaspora ayant travaillé aux côtés du ministre conseiller Rachidi Gbadamassi aussi bien au plan national que depuis l’étranger. Fort de cette expérience, il salue la décision du président Romuald Wadagni de maintenir l’institution des ministres conseillers, estimant que ce choix traduit une compréhension des exigences d’une gouvernance moderne, fondée sur l’écoute, l’évaluation et la proximité avec les populations.

Selon lui, les ministres conseillers ne viennent pas concurrencer les ministres sectoriels. Ils exercent une mission complémentaire. Pendant que les ministres conduisent les réformes, pilotent leurs administrations et assurent l’exécution des politiques publiques, les ministres conseillers peuvent se consacrer davantage à l’appréciation des résultats obtenus sur le terrain, à l’identification des difficultés rencontrées par les populations et à la remontée d’informations stratégiques vers le chef de l’État.

Pour Ayindé Yaya, cette mission gagnerait encore en efficacité si chaque ministre conseiller disposait d’une équipe technique légère, adaptée à ses responsabilités. Il ne s’agirait pas de créer une nouvelle administration, encore moins d’alourdir les charges de l’État, mais de mettre à leur disposition quelques collaborateurs spécialisés capables de préparer les missions de terrain, de recueillir les données, d’analyser les informations, de rédiger les rapports et d’assurer le suivi des recommandations formulées au président de la République.

Une telle proposition s’inspire de pratiques observées dans plusieurs démocraties. En France, le président de la République est entouré d’un cabinet composé de conseillers spécialisés à l’Élysée, chargés d’assurer le suivi des politiques publiques et d’éclairer la décision présidentielle. Aux États-Unis, la Maison-Blanche s’appuie sur une importante équipe de conseillers et d’experts intervenant dans les domaines de l’économie, de la sécurité, des affaires sociales ou encore des relations institutionnelles. Au Royaume-Uni, le Premier ministre dispose également de conseillers politiques et techniques chargés d’assurer une veille permanente sur l’action gouvernementale. Sur le continent africain, des pays comme le Rwanda, le Ghana ou le Nigeria ont développé des dispositifs de conseillers présidentiels et d’équipes techniques qui participent au suivi des programmes publics, à l’analyse des politiques gouvernementales et à l’amélioration de la coordination de l’action de l’État.

Dans tous ces modèles, l’objectif n’est pas de se substituer aux ministres responsables des départements techniques. Il s’agit plutôt de fournir au chef de l’État une information stratégique, issue du terrain, afin d’améliorer la qualité de la décision publique, de renforcer la réactivité gouvernementale et d’assurer une meilleure coordination entre les politiques décidées et leur mise en œuvre.

Transposée au contexte béninois, cette approche permettrait aux ministres conseillers d’assurer avec davantage d’efficacité leur rôle d’interface entre les citoyens et les plus hautes autorités. Une équipe technique restreinte pourrait contribuer à structurer les informations recueillies lors des descentes sur le terrain, à mesurer l’impact réel des programmes gouvernementaux, à détecter rapidement les difficultés persistantes et à proposer les ajustements nécessaires avant que les problèmes ne prennent de l’ampleur.

Pendant ce temps, les ministres sectoriels continueraient à se consacrer pleinement à leurs missions premières : élaborer les politiques publiques, conduire les réformes, piloter les administrations placées sous leur autorité et atteindre les objectifs fixés par le gouvernement. Cette répartition des rôles permettrait de renforcer la complémentarité entre l’expertise technique et l’évaluation stratégique.

Pour Ayindé Yaya, cette réflexion ne relève pas d’une revendication institutionnelle, mais d’une contribution citoyenne nourrie par son expérience auprès d’un ministre conseiller. Son ambition est de proposer des pistes susceptibles d’améliorer les mécanismes de gouvernance, afin que les décisions publiques reposent davantage sur des informations précises, actualisées et directement issues des réalités vécues par les populations.

Au-delà des débats sur les moyens, le véritable enjeu demeure celui de l’efficacité de l’action publique. Une gouvernance moderne ne se mesure pas uniquement à la qualité des réformes engagées, mais également à la capacité des institutions à écouter les citoyens, à évaluer objectivement les résultats obtenus et à ajuster rapidement les politiques lorsque cela s’avère nécessaire.

Dans cette perspective, doter les ministres conseillers d’un dispositif technique proportionné à leurs missions pourrait constituer un investissement stratégique plutôt qu’une dépense supplémentaire. En renforçant leur capacité d’écoute, d’analyse et d’évaluation, le chef de l’État disposerait d’informations plus précises sur les réalités du terrain, favorisant ainsi une action publique plus réactive, plus efficace et davantage centrée sur les attentes des Béninois.

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