Une vaste escroquerie immobilière secoue la capitale béninoise. Un présumé faux agent immobilier a été placé sous mandat de dépôt, jeudi 9 juillet 2026, après son audition devant le procureur spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). Selon Banouto, l’homme est accusé d’avoir monté un système d’escroquerie sophistiqué, ayant fait au moins 81 victimes, pour un préjudice estimé à une dizaine de millions de FCFA.
Le mode opératoire était particulièrement élaboré. Le mis en cause publiait sur les réseaux sociaux des offres de location d’appartements et de vente de meubles qu’il ne possédait pas. Pour rassurer ses interlocuteurs, il se présentait comme un simple intermédiaire, puis leur communiquait le contact d’une seconde personne, censée finaliser la transaction. Mais cette personne n’était autre que lui-même, agissant sous une identité d’emprunt.
Pour inspirer confiance, l’escroc n’a reculé devant aucun artifice. Il utilisait des photos d’appartements et de meubles qu’il ne possédait pas. Il se faisait passer pour une femme et, plus inquiétant encore, avait utilisé la photographie d’une commissaire de police en uniforme pour illustrer son profil. C’est d’ailleurs cette dernière qui a découvert l’usage frauduleux de son image après qu’un vigile l’a abordée en croyant avoir affaire à la propriétaire de la structure immobilière. « Ah c’est vous madame ? Je n’ai pas encore trouvé le reste de l’argent. C’est pourquoi je ne vous ai pas encore contactée pour ma location, » lui aurait-il lancé, selon le récit rapporté par une victime. La commissaire a immédiatement déposé plainte.
Dès les premiers contacts, le prévenu transmettait aux victimes de faux Certificats d’identification personnelle (CIP), présentés comme ceux des personnes chargées de poursuivre les négociations. Ces documents servaient ensuite à acquérir des cartes SIM sous les mêmes identités, rendant le dispositif particulièrement difficile à déjouer. « Si vous essayez de vérifier la conformité de l’identité sous laquelle le numéro est enregistré et celle de la carte CIP, vous aurez le même nom, » confie une source proche du dossier.
Ce stratagème a convaincu de nombreuses victimes, pour la plupart des étudiants et des familles modestes, de verser des avances de garantie allant de 50 000 à 105 000 FCFA pour réserver un logement. Une étudiante en droit affirme avoir envoyé 60 000 FCFA pour réserver une chambre à Gbèdjromèdé. Après le paiement, elle a reçu un message glaçant : « Donc jusqu’à présent vous ne savez pas que c’est de l’arnaque ? Nous sommes déjà à la frontière Nigéria en train de rentrer. Dans quelques heures, on va enlever vos SIM et jeter. Donc si vous avez quelque chose à faire pour nous arrêter, commencez en même temps avant qu’on rentre au Nigéria. »
Un couple d’une soixantaine d’années affirme, de son côté, avoir versé 75 000 FCFA comme avance pour l’achat d’accessoires de meubles, avant de devenir injoignable après avoir refusé de verser un complément de 25 000 FCFA. Selon les témoignages, certaines victimes auraient également reçu des menaces après avoir réclamé leur argent.
Interpellé à la suite des nombreuses plaintes, le mis en cause a été présenté au procureur spécial de la CRIET. Il a « tout nié » au cours de son audition et s’est offert les services d’un avocat. Malgré ses dénégations, il a été placé sous mandat de dépôt en attendant son procès, fixé en octobre 2026. Une affaire qui met en lumière l’ingéniosité des escrocs sur les réseaux sociaux et la vulnérabilité des personnes en quête d’un logement.
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