Le tiktokeur béninois Luc Mègnigbèto, plus connu sous le pseudonyme « Le Russe », a de nouveau comparu devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), lundi 29 juin 2026. Poursuivi pour harcèlement par le biais d’un système électronique et incitation à la haine, il a été longuement interrogé sur ses activités sur les réseaux sociaux, ses relations avec la tiktokeuse Georgia, ainsi que ses liens avec l’opposant Sabi Sira Korogoné, recherché dans le cadre de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025.
Placée en détention préventive depuis plusieurs semaines, la personnalité des réseaux sociaux avait déjà comparu une première fois en mai dernier, où il avait plaidé non coupable des faits qui lui sont reprochés par le parquet spécial.
Selon l’envoyé spécial de Libre Express, à l’ouverture des débats, le président de la chambre correctionnelle a commencé par vérifier son identité. « C’est qui Le Russe ? », lui a demandé le magistrat. « C’est bien moi », a répondu le prévenu.
La Cour s’est ensuite intéressée à son activité sur TikTok. Luc Mègnigbèto a expliqué qu’il gère deux comptes : « Le Russe », également connu sous le nom d’« Alchimiste Noir », ainsi qu’un second compte baptisé « Le Sorcier ».
Interrogé sur la nature de ses contenus, il a indiqué qu’il anime principalement des débats politiques en direct et des émissions consacrées à « l’éveil des consciences ». À une question portant sur « Panaf », le prévenu a précisé qu’il ne s’agit pas d’un site internet, mais d’une communauté virtuelle.
Les liens avec Georgia au cœur des débats
Une grande partie de l’audience a porté sur ses relations avec la tiktokeuse Georgia, installée à l’étranger et connue pour ses prises de position très critiques contre les autorités béninoises.
La Cour a notamment cherché à savoir s’il était à l’origine de la création du compte TikTok de cette dernière.
« C’est Georgia elle-même qui a créé son compte », a répondu Luc Mègnigbèto, tout en reconnaissant l’avoir aidée à mettre en place une communauté WhatsApp destinée à fédérer ses abonnés.
À la question de savoir si cette communauté regroupait notamment « Be Africa », « Oba » et d’autres internautes, le prévenu a répondu par l’affirmative, précisant qu’il s’agissait simplement de membres de la communauté.
Selon les éléments de l’enquête rappelés à l’audience, Luc Mègnigbèto aurait reconnu lors de son audition être administrateur délégué de ce groupe WhatsApp.
Les messages liés à la tentative de coup d’État
Les juges ont ensuite abordé les événements survenus lors de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025.
Selon le dossier, plusieurs messages relatifs à cette affaire auraient été publiés puis supprimés dans la communauté administrée par le prévenu.
Invité à s’expliquer, « Le Russe » a affirmé ne plus se souvenir précisément des contenus supprimés.
« Je me rappelle seulement avoir supprimé deux messages que j’ai jugés inappropriés », a-t-il déclaré.
Il a également soutenu que, les 7 et 8 décembre 2025, il n’avait plus accès à cette communauté WhatsApp.
« Tout ce qui concerne le 7 décembre, je l’ai fait directement sur TikTok », a-t-il précisé.
La Cour lui a alors rappelé qu’au cours de cette période avaient circulé, dans cette communauté, le communiqué du Comité militaire pour la refondation (CMR), dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, ainsi qu’une liste de personnalités à enlever et différents messages appelant les citoyens à ne pas participer à l’élection présidentielle de 2026.
Les explications sur Sabi Sira Korogoné
Le ministère public s’est également intéressé à son rôle dans la gestion de cette communauté.
« Est-ce que vous avez mis vos compétences au service de cet outil ? », lui a demandé le procureur.
« Oui », a répondu le prévenu.
Les échanges se sont ensuite orientés vers ses relations avec Sabi Sira Korogoné, opposant béninois visé par un mandat d’arrêt international.
Interrogé sur cette connaissance, Luc Mègnigbèto a répondu : « C’est un homme politique que tout le monde connaît. »
Le président lui a alors fait remarquer qu’il avait offert une tribune à une personne recherchée par la justice béninoise.
Pour sa défense, le prévenu a expliqué que plusieurs médias béninois avaient déjà interviewé des personnalités faisant l’objet de poursuites judiciaires.
Selon lui, les interventions de Sabi Sira Korogoné sur ses espaces de discussion pouvaient même permettre aux forces de l’ordre de le localiser.
À noter qu’à l’issue de cette audience, la CRIET a renvoyé le dossier au 12 octobre 2026 pour les réquisitions du ministère public et les plaidoiries de la défense.
François D’Assise BATCHOLA



