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Politique

Ballet diplomatique / Après le Nigeria hier : WADAGNI CHEZ TRAORÉ ET TIANI CE JOUR

(Que peut-on attendre de cette courageuse initiative de l’homme du 24 mai ?)

À peine investi, le président Romuald Wadagni imprime un rythme soutenu à sa diplomatie présidentielle. Après une première visite officielle au Nigeria, lundi 1er juin, le chef de l’État béninois poursuit dès ce mardi sa tournée ouest-africaine. Direction : Ouagadougou puis Niamey. Un périple express qui, en l’espace de 48 heures, le mène aux portes du Sahel et des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Au-delà du simple déplacement protocolaire, c’est une véritable offensive de reconquête du voisinage que le nouveau président engage, avec un objectif clair : renouer les fils d’une coopération régionale mise à rude épreuve ces dernières années.

Une tournée sécuritaire et économique

Selon les informations recueillies, les entretiens prévus à Ouagadougou avec le capitaine Ibrahim Traoré, puis à Niamey avec le général Abdourahamane Tiani, porteront sur trois chantiers prioritaires : la lutte contre l’insécurité, la facilitation du commerce transfrontalier et la mobilité des personnes. Le Bénin, dont la frontière nord est directement exposée aux menaces terroristes, a tout intérêt à coordonner ses actions avec ses voisins du Sahel. Les projets d’infrastructures (routes, corridors, énergie) devraient également figurer à l’agenda, dans un esprit de solidarité régionale renforcée.

Un dégel attendu

Ce ballet diplomatique ne sort pas de nulle part. Dans son discours d’investiture du 24 mai, Romuald Wadagni avait adressé un message à ses voisins : « Le Bénin continuera d’agir pour la stabilité, le dialogue et le respect. Ma conviction est que, dans une sous-région confrontée au péril terroriste, nous sommes condamnés à travailler ensemble. » Une déclaration que beaucoup ont interprétée comme une main tendue, notamment en direction du Burkina, du Niger et du Mali – trois pays avec lesquels les relations s’étaient refroidies sous le mandat de Patrice Talon.
Par ailleurs, selon certaines sources, l’ancien président patrice Talon n’aurait pas laissé son successeur sans consignes. « M. Talon, qui a toujours dit que les tensions étaient liées à une fixation sur sa personne, a probablement encouragé Wadagni à enclencher le dégel », glisse un analyste proche du dossier. « Il s’agirait pour le Bénin de retrouver une place d’interlocuteur crédible et apaisé auprès des pays de l’AES. » ajoute-t-il.

Un atout personnel non négligeable

Dans ce réchauffement attendu, un élément personnel joue en faveur du président Wadagni : son épouse est franco-burkinabè, Nathalie Villette-Wadagni. Ce lien familial – que l’on pourrait qualifier de « belle-famille » avec l’espace AES – n’est pas anodin. Il a déjà facilité les premiers contacts discrets et ouvre la voie à un dialogue plus fluide avec Ouagadougou, où la population et les autorités voient d’un bon œil la visite du nouveau président béninois.

Une « courageuse initiative » saluée des deux côtés

Sur le plan intérieur, cette tournée éclair est accueillie favorablement. Au Bénin comme dans les capitales concernées, on salue l’audace et la rapidité d’exécution. L’« homme du 24 mai » semble vouloir incarner une rupture dans la forme, sans renier le fond. Lors de son investiture, il avait également lancé aux pays africains : « Ensemble, nous pouvons bâtir une Afrique puissante en faisant nos propres choix d’orientation stratégique et surtout en veillant à leurs bonnes exécutions. »
Au-delà des poignées de main, les résultats concrets pourraient se mesurer à court terme : reprise des réunions techniques mixtes, réouverture de certaines voies de transit, coordination accrue des patrouilles aux frontières. L’objectif ultime est de sortir de la logique de défiance qui a trop longtemps paralysé les instances sous-régionales. Si Romuald Wadagni parvient à restaurer une coopération opérationnelle avec le Burkina et le Niger – sans nécessairement régler tous les désaccords politiques –, son premier ballet diplomatique sera salué comme un succès. Reste à savoir si ses homologues de l’AES répondront présents sur la durée.

AY

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