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Afrique

Cameroun : des épiceries titulaires de permis de recherche d’or, le scandale qui fâche

Plus de sept mois après la révélation d’un écart colossal entre l’or officiellement déclaré à l’exportation et celui que les acheteurs internationaux, notamment les Émirats arabes unis, affirment avoir acquis, le gouvernement camerounais tente de rassurer. Mais pour la société civile et les spécialistes du secteur, les actions menées jusqu’ici passent à côté de l’essentiel : l’identification des véritables bénéficiaires du trafic illicite.

À la demande de la présidence de la République, le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique s’est lancé dans une offensive médiatique et administrative. Sous la houlette du professeur Fuh Calistus Gentry, des descentes sur le terrain ont été multipliées et des sanctions annoncées. En mai, une liste d’environ 200 sociétés illégales a été publiée, sommées de se mettre en conformité avec les normes environnementales, fiscales et de production semi-mécanisée pour pouvoir reprendre leurs activités dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Fin juin, 74 permis de recherche ont été retirés pour non-respect du code minier.

Des « compagnies de trois jours » titulaires de permis de recherche

Pour Bareja Youmssi, consultant spécialisé, ces mesures ne répondent pas aux questions fondamentales. « Comment l’État camerounais a-t-il pu délivrer des permis de recherche à ces compagnies-là ? Ce sont des compagnies de trois jours ! Des quincailleries, des épiceries qui ont des permis de recherche ? Alors que le code minier est clair : pour obtenir un permis de recherche, il faut démontrer une capacité technique et financière. Comment on se retrouve avec 74 compagnies ? On se dit ce sont des prête-noms. Il n’y a aucune compagnie minière parmi elles, je vous assure », dénonce-t-il.

Ce constat soulève un problème de fond : l’opacité qui entoure l’octroi des autorisations et l’absence de contrôle en amont. Les sanctions, aussi spectaculaires soient-elles, interviennent après des années de laxisme, voire de complicité présumée.

La transparence réclamée sur les bénéficiaires réels

La Coalition « Publiez ce que vous payez » – Cameroun (PCQVP) exige, pour sa part, la publication de la liste des bénéficiaires réels de tous les permis miniers, conformément aux normes de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). L’organisation rappelle que tant que les bénéficiaires effectifs des permis ou des marchés restent cachés, il est impossible de tracer les flux financiers et de savoir si les fonds sont détournés vers des partis politiques ou des activités illégales.

La Coalition plaide également pour que soit rendu public le rapport de la commission mixte sur le trafic illégal d’or, mise sur pied à la demande du président Paul Biya en février dernier. Ce document, toujours tenu secret, pourrait éclairer les mécanismes du pillage des ressources aurifères du pays et identifier les réseaux responsables.

Alors que le Cameroun cherche à rétablir la confiance dans la gestion de ses ressources minières, les associations dénoncent des mesures cosmétiques qui ne s’attaquent pas aux racines du mal. Tant que l’identité des véritables bénéficiaires restera dans l’ombre, le secteur de l’or demeurera un terrain fertile pour la corruption et la contrebande.

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